{"id":498,"date":"2025-07-27T11:51:13","date_gmt":"2025-07-27T09:51:13","guid":{"rendered":"https:\/\/francisgrembert.fr\/?page_id=498"},"modified":"2025-08-17T02:08:51","modified_gmt":"2025-08-17T00:08:51","slug":"cine-nouvelles","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/francisgrembert.fr\/index.php\/cine-nouvelles\/","title":{"rendered":"Cin\u00e9-nouvelles"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Grande Illusion \u2013 le point de vue de la vache<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On aurait pu m\u2019appeler Gr\u00e4tschen, Sissy ou Hilda. On m\u2019a baptis\u00e9e d\u2019une autre fa\u00e7on et je tairai mon nom car je tiens \u00e0 rester anonyme. Je suis une vache vosgienne comme tant d\u2019autres, une vache d\u2019alpage qui vivait sa vie d\u2019herbe sans se soucier du lendemain. Mais tout a chang\u00e9 un jour du printemps 1937. Un type est entr\u00e9 dans l\u2019\u00e9table avec le fermier et lui a expliqu\u00e9 que sa petite ferme avait \u00e9t\u00e9 choisie pour figurer dans le film d\u2019un grand cin\u00e9aste fran\u00e7ais. Il y aurait une sc\u00e8ne entre l\u2019acteur principal, une vedette de l\u2019\u00e9poque, et ma personne. C\u2019est ce que le type a dit en me d\u00e9signant. Le fermier lui a r\u00e9pondu qu\u2019il avait fait un tr\u00e8s bon choix, j\u2019\u00e9tais la plus belle b\u00eate du troupeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 aujourd\u2019hui de relater cet \u00e9v\u00e9nement et de le partager avec qui voudra bien me lire, c\u2019est bien s\u00fbr parce que je suis fi\u00e8re d\u2019avoir tenu un r\u00f4le dans <em>La Grande Illusion<\/em> mais il y a plus. Le point de vue de la gent bovine n\u2019est jamais pris en compte et c\u2019est une injustice que je tiens \u00e0 r\u00e9parer ici. Une affaire d\u2019appartenance et de justice.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce point du r\u00e9cit, vous vous demandez, ne&nbsp;le niez pas, comment il se fait que je puisse \u00e9crire. J\u2019en suis incapable, je vous le dis tout net. Les vaches sont des \u00eatres sup\u00e9rieurs, capables de comprendre et de reproduire le langage humain mais elles ne peuvent pas tenir un porte-plume entre leurs sabots, notre anatomie nous l\u2019interdit. En fait, c\u2019est F\u00e9lix qui tient la plume. F\u00e9lix, c\u2019est le gar\u00e7on d\u2019\u00e9table et aussi mon ami. Avec lui, je parle librement et nous avons des discussions tr\u00e8s enrichissantes. Il m\u2019apprend le monde des hommes, je lui livre les arcanes de la psych\u00e9 bovine. C\u2019est un homme sympathique, entier. Le fermier et sa femme disent qu\u2019il est simplet et rude travailleur. Ces gens n\u2019y connaissent rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la visite du type, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 F\u00e9lix ce qu\u2019\u00e9tait le cin\u00e9ma et il m\u2019a racont\u00e9 certains dimanches soirs dans la vall\u00e9e o\u00f9 les yeux fix\u00e9s sur un grand \u00e9cran il avait le c\u0153ur qui battait tr\u00e8s fort et l\u2019\u0153il qui s\u2019humidifiait plus que de raison. J\u2019ai tent\u00e9 de me repr\u00e9senter la chose mais sans grand r\u00e9sultat. Il ne pouvait pas m\u2019emmener dans un cin\u00e9ma, le fermier ne le voudrait pas et de toute fa\u00e7on les vaches n\u2019\u00e9taient pas admises en salle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a bien une solution, a-t-il dit au bout d\u2019un moment. Mais \u00e7a ne marchera jamais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, il s\u2019est tu. Et l\u00e0, je lui ai promis un bon coup de sabot quand il s\u2019y attendrait le moins s\u2019il ne s\u2019exprimait pas tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Son plan consistait \u00e0 m\u2019emmener \u00e0 la f\u00eate du village car une projection en plein air \u00e9tait organis\u00e9e par le comit\u00e9 des f\u00eates. C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t un bon plan. Mais comment justifier aupr\u00e8s de son patron de m\u2019emmener \u00e0 la f\u00eate comme un chien en laisse&nbsp;? Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 en revue les sc\u00e9narios les plus improbables, nous avons convenu que le principe du caprice \u00e9tait le plus susceptible de fonctionner. Emmener une vache \u00e0 la f\u00eate du village \u00e9tait une lubie que pouvait avoir un simplet. On lui accorderait ce plaisir pour le r\u00e9compenser d\u2019\u00eatre le meilleur valet de ferme du canton.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film diffus\u00e9 ce soir-l\u00e0 \u00e9tait <em>La B\u00eate humaine<\/em>, sign\u00e9 du r\u00e9alisateur qui allait venir dans notre ferme deux mois plus tard et interpr\u00e9t\u00e9 par l\u2019acteur avec lequel je devais partager une sc\u00e8ne. Ah, mes amis, mes a\u00efeux, bovins et autres, gens de toute esp\u00e8ce et de tout poil, je ne peux vous dire le choc que ce fut&nbsp;! Heureux humains qui pour une somme modique pouvez vous offrir ces sensations&nbsp;! Je suis tomb\u00e9 amoureuse du cin\u00e9ma et de Jean Gabin. C\u2019\u00e9tait \u00e0 pr\u00e9voir. Le cin\u00e9ma \u00e9tait une pure folie, la manifestation la plus aboutie du g\u00e9nie humain, et Jean Gabin un homme parfait, fragile, emp\u00eatr\u00e9 dans une affaire de femme, un concentr\u00e9 d\u2019humanit\u00e9 dont je savourais le myst\u00e8re. Quand je l\u2019ai vu, allong\u00e9 sur le remblai d\u2019une voie ferr\u00e9e, raconter tout le mauvais sang qui coulait dans ses veines, r\u00e9sultat de l\u2019alcoolisme de ses g\u00e9niteurs, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mue aux larmes. Nous autres bovins connaissons le d\u00e9terminisme mais pas l\u2019alcool. En retournant \u00e0 la ferme avec F\u00e9lix un peu avant minuit, je m\u00e9ditais sur le malheur des hommes. Ils font la guerre plus qu\u2019\u00e0 leur tour. Et beaucoup meurent. Le p\u00e8re de F\u00e9lix par exemple. C\u2019est une folie, commentait mon ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Le matin du premier jour de tournage sont arriv\u00e9s un camion et trois voitures. L\u2019\u00e9quipe a install\u00e9 les cam\u00e9ras et les projecteurs. Jean Gabin et Marcel Dalio ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 leur texte avec Dita Parlo dans la cour. J\u2019\u00e9tais dans le pr\u00e9, pr\u00e8s de la cl\u00f4ture avec F\u00e9lix, lequel \u00e9tait aussi impressionn\u00e9 que moi. Le r\u00e9alisateur, Jean Renoir, avait de gros \u00e9clats de rire qui faisaient peur au chien. Ils sont ensuite entr\u00e9s dans l\u2019habitation et y sont rest\u00e9s plusieurs heures. Que se passait-il l\u00e0-dedans&nbsp;? Personne ne pouvait le savoir. Deux-trois fois, une petite fille est sortie et s\u2019est approch\u00e9e de la cl\u00f4ture pour nous regarder, mes compagnes et moi. A la fin de la journ\u00e9e, Jean Renoir a voulu me voir et F\u00e9lix m\u2019a d\u00e9sign\u00e9e. Le c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9alisateur a hoch\u00e9 la t\u00eate et a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle sera parfaite.&nbsp;\u00bb J\u2019ai failli le remercier \u00e0 haute voix mais F\u00e9lix m\u2019a donn\u00e9 un coup de coude dans le flanc. Je reste persuad\u00e9 que Renoir n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 de m\u2019entendre parler. Cet homme-l\u00e0, c\u2019est s\u00fbr, avait assez d\u2019humanit\u00e9 pour converser avec une vache.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, F\u00e9lix m\u2019a emmen\u00e9e dans l\u2019\u00e9table et m\u2019a li\u00e9e \u00e0 l\u2019anneau de l\u2019auge. Je n\u2019en menais pas large, comme le jour o\u00f9, jeune g\u00e9nisse, j\u2019avais abus\u00e9 de la luzerne de mai et avais attrap\u00e9 une colique d\u2019enfer. Mon ami essayait de me rassurer, me disait que je devais rester naturelle, ce genre de banalit\u00e9. Mais rien \u00e0 faire je tremblais de partout, s\u00fbre qu\u2019\u00e0 tout moment je g\u00e2cherais la sc\u00e8ne et qu\u2019on choisirait une autre vache du troupeau pour me remplacer. Quand Jean Gabin est entr\u00e9 dans l\u2019\u00e9table, j\u2019ai pouss\u00e9 un meuglement nerveux, aigu et d\u00e9sagr\u00e9able, une sorte de r\u00e9flexe, et il m\u2019a regard\u00e9e avec l\u2019air de celui \u00e0 qui on a fait une mauvaise blague. Je n\u2019\u00e9tais ni Mireille Balin ni Viviane Romance. Je bouillais d\u2019envie de lui dire ou de lui faire comprendre qu\u2019il \u00e9tait beau comme un dieu mais j\u2019avais depuis longtemps appris du monde des humains qu\u2019il \u00e9tait souvent pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas montrer ses sentiments. Les mots sont sortis de sa bouche&nbsp;avec un naturel qui m\u2019a \u00e9mue. Les acteurs sont de dr\u00f4les de ph\u00e9nom\u00e8nes, capables d\u2019\u00eatre deux personnes \u00e0 la fois, et \u00e7a c\u2019est plus fort que de brouter de l\u2019herbe alsacienne, j\u2019en conviens. <em>Tu sens comme la vache de mon grand-p\u00e8re, c\u2019est bon, cette odeur-l\u00e0, tu sais. Tu es n\u00e9e dans le Wurtemberg et moi dans le vingti\u00e8me \u00e0 Paris. Ben, \u00e7a ne nous emp\u00eache pas d\u2019\u00eatre copains, hein&nbsp;? Tu es une pauvre vache, et puis moi un pauvre soldat. Chacun fait de son mieux, pas vrai&nbsp;?<\/em> &nbsp;Comme c\u2019\u00e9tait bien dit et bien senti&nbsp;! Ce dialogue o\u00f9 je suis rest\u00e9e muette (le sc\u00e9nario l\u2019exigeait) ne pouvait qu\u2019\u00eatre un des moments cl\u00e9 du film. Renoir y avait mis l\u2019essentiel. L\u2019homme qui donne du foin \u00e0 une vache songe rarement \u00e0 aller tuer d\u2019autres hommes. Au contact de la vache, l\u2019homme devient bon. Jean Renoir \u00e9tait plut\u00f4t content, m\u2019a-t-il sembl\u00e9. Il a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;On en refait une tout de m\u00eame.&nbsp;\u00bb Finalement, il n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas si content que \u00e7a. Gabin a hauss\u00e9 les \u00e9paules. Nous avons refait la sc\u00e8ne, ou disons plut\u00f4t que c\u2019est lui qui l\u2019a refaite, moi je n\u2019existais plus, objet vache auquel marmonner quelques mots en pensant \u00e0 autre chose. Ils sont partis sans m\u00eame me jeter un regard.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant plusieurs jours, je me suis langui dans les pr\u00e9s, d\u00e9testant ces alpages que je trouvais d\u2019ordinaire le plus beau des paysages pour ma vie de vache. J\u2019attendais l\u2019in\u00e9vitable moment o\u00f9 on m\u2019emm\u00e8nerait \u00e0 l\u2019abattoir, ou alors j\u2019aurais le courage de me suicider \u00e0 la luzerne fra\u00eeche, j\u2019en boufferais tellement que ma panse exploserait. Tout cela n\u2019a pas eu lieu car il y avait F\u00e9lix. Il me disait que je serais visible sur tous les \u00e9crans des villes de France et d\u2019ailleurs et peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 la f\u00eate du village, l\u2019ann\u00e9e prochaine ou celle d\u2019apr\u00e8s, et que si on ne m\u2019identifiait pas ce n\u2019\u00e9tait pas grave, c\u2019\u00e9tait m\u00eame mieux ainsi&nbsp;: je serais la vache \u00e0 laquelle Gabin avait dit l\u2019essentiel. Je n\u2019ai jamais vu le film. La guerre a eu lieu. Et F\u00e9lix me la commentait. L\u2019invasion de la France, le d\u00e9part de Jean Renoir, Jean Gabin et Marcel Dalio pour l\u2019Am\u00e9rique, les camps de concentration. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re s\u00e9vissait l\u2019innommable. Je vieillissais. La sc\u00e8ne que j\u2019avais tourn\u00e9e avec Jean Gabin me hantait. Ce jour-l\u00e0, j\u2019aurais d\u00fb donner de la voix humaine. P\u00e9p\u00e9 le Moko en aurait \u00e9t\u00e9 sur le cul et Renoir aussi. Ils se seraient \u00e9vanouis. Quand ils se seraient r\u00e9veill\u00e9s, ils auraient tout oubli\u00e9 de la vache magique mais dans leur t\u00eate serait rest\u00e9 un dr\u00f4le de truc, entre esp\u00e9rance et nouvelle d\u00e9finition du monde. \u00c7a n\u2019aurait rien chang\u00e9, le monde des hommes est fait pour basculer dans l\u2019horreur \u00e0 intervalles r\u00e9guliers mais j\u2019aurais eu mon heure de gloire intime, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 un lien, un vrai, qui relie les hommes et les vaches. Je pense \u00e0 tout cela et je crois parfois que je deviens folle. F\u00e9lix me comprend. Il compatit. Il dit des choses que je ne comprends pas, c\u2019est un homme qui prend un \u00e9trange chemin. Un jour, il a fait un long voyage \u00e0 la capitale et a vu le film, le bien nomm\u00e9 <em>La Grande Illusion<\/em>. Depuis, il me le raconte, chaque jour une sc\u00e8ne diff\u00e9rente, comme si sa vie en d\u00e9pendait, et je me dis que ce merveilleux film servira aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Pour emp\u00eacher les guerres, il faut beaucoup de bonne volont\u00e9 mais \u00e7a ne suffit pas toujours, il faut aussi une vache \u00e0 l\u2019\u00e9table qui rumine de l\u2019herbe et des pens\u00e9es qui sauvent.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Terminus Rapid City<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019est pas des b\u0153ufs&nbsp;! La r\u00e9plique venait au moment o\u00f9 je m\u2019y attendais le moins. Pour conclure une conversation, n\u2019importe quelle conversation, ou en guise de bonjour, ou de merci. \u00c7a l\u2019amusait. C\u2019\u00e9tait sa signature. Il en avait d\u2019autres. Je lui disais tu devrais faire du th\u00e9\u00e2tre. C\u2019\u00e9tait au d\u00e9but. Puis, un jour, je lui ai dit&nbsp;tu aurais d\u00fb \u00eatre com\u00e9dien, parce que le temps avait pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sortir d\u2019un cimeti\u00e8re n\u2019est pas un exercice facile. Il me plairait de le faire fa\u00e7on Serge Reggiani dans un film de Sautet ou de Melville. J\u2019aurais aim\u00e9 discuter cinq minutes avec deux-trois vieilles t\u00eates appartenant \u00e0 l\u2019autre mill\u00e9naire mais il pleut. Tant pis. Je franchis la grille. J\u2019entame le boulevard. Je suis un nain dans mon caban. J\u2019ai froid.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait quoi&nbsp;? Dix-neuf ans. C\u2019\u00e9tait le temps du Turgot, un troquet dans les vieux quartiers. On discutait cin\u00e9ma et bouquins. Il y avait Florence. Elle avait de longs cheveux fa\u00e7on Gilda qui danse devant Glenn Ford. Si ce d\u00e9tail n\u2019est pas de la nostalgie, je veux bien qu\u2019on m\u2019enferme dans la cellule du sh\u00e9rif. Lequel \u00e9tait John Wayne, tant qu\u2019\u00e0 faire. Luc connaissait toutes les sc\u00e8nes de <em>Rio Bravo<\/em>. C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but des cassettes VHS et il avait achet\u00e9 celle du film. Je regardais le western d\u2019Howard Hawks avec lui. Apr\u00e8s, on se refaisait des sc\u00e8nes. Luc savait imiter le rire de Walter Brennan comme personne. Un jour, c\u2019\u00e9tait dix ans plus tard je crois, il m\u2019a annonc\u00e9 avoir achet\u00e9 une cam\u00e9ra. On bricolerait un court-m\u00e9trage. \u00c7a se passerait dans un caf\u00e9 et un type \u00e0 la table d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 aurait un malaise. Nous lui porterions assistance. C\u2019\u00e9tait le point de d\u00e9part. A partir de l\u00e0, tout \u00e9tait possible. Le type pouvait mourir. Il pouvait aussi ne pas. Et dans ce cas, il deviendrait celui qui nous emm\u00e8ne l\u00e0 o\u00f9 nous n\u2019avons pas pr\u00e9vu d\u2019aller. Ce serait un film sur le th\u00e8me de la rencontre avec un inconnu. Un beau sujet, porteur de possibilit\u00e9s et de dialogues surprenants. Il n\u2019y a jamais eu de court-m\u00e9trage. L\u2019affaire en est rest\u00e9e \u00e0 sa sc\u00e8ne inaugurale&nbsp;: un type fait un malaise dans un caf\u00e9. Chaque fois qu\u2019il \u00e9voquait le projet, Luc avait de nouvelles id\u00e9es. Je me souviens. C\u2019\u00e9tait aga\u00e7ant. Pas toujours, mais une fois sur deux c\u2019\u00e9tait aga\u00e7ant. Mon ami \u00e9tait tout entier dans cette ind\u00e9cision. Ne pas terminer ce qui est entam\u00e9, ne jamais conclure, attendre que \u00e7a se fasse. Une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre. Luc \u00e9tait un vell\u00e9itaire. Incapable de choisir. C\u2019est peut-\u00eatre pour cette raison qu\u2019il \u00e9tait un dingue de cin\u00e9ma. Regarder un film, c\u2019est se laisser guider par les images que quelqu\u2019un a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019ordonner pour vous le temps d\u2019une projection. D\u00e9finition a minima. Je n\u2019en veux pas d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Une projection, \u00e7a se passe dans une salle rue de B\u00e9thune ou rue des Ponts-de-Comines ou ailleurs, dans son salon par exemple. Dans ce dernier cas, c\u2019est affaire de pixels et si c\u2019est un pis-aller ce n\u2019en est pas moins du cin\u00e9ma toutes lumi\u00e8res \u00e9teintes. Le temps de Luc \u00e9tait rythm\u00e9 par ces moments o\u00f9 le monde ext\u00e9rieur s\u2019est fortement r\u00e9tr\u00e9ci. Des moments o\u00f9 on peut \u00eatre autre chose. Je crois qu\u2019il a toujours voulu \u00eatre autre chose. Pas quelqu\u2019un d\u2019autre. Simplement autre chose. Luc \u00e9tait vell\u00e9itaire et vague dans ses aspirations. A part \u00e7a, il a eu trois professions, deux \u00e9pouses, un enfant et en conclusion un cancer du pancr\u00e9as. Nous ne parlions pas ou tr\u00e8s peu de nos vies. Nous allions au cin\u00e9ma ensemble. C\u2019\u00e9tait notre habitude. Apr\u00e8s, nous finissions la soir\u00e9e dans un caf\u00e9 et nous parlions du film. La derni\u00e8re fois, c\u2019\u00e9tait il y a un mois. Nous avions revu un Truffaut, <em>Baisers vol\u00e9s<\/em>, et comme \u00e0 chaque fois nous avions refait ensemble la filmographie du r\u00e9alisateur et de son acteur fr\u00e8re, Jean-Pierre L\u00e9aud. Notre conclusion \u00e9tait toujours le m\u00eame. Entre fulgurances et voix monocordes sous lesquelles jaillissaient une infatigable passion d\u2019\u00eatre ce qu\u2019on n\u2019est pas encore, les deux hommes en miroir conservaient leur myst\u00e8re intact. Je ne crois pas qu\u2019il ait vu d\u2019autres films apr\u00e8s celui-l\u00e0. Il a termin\u00e9 sa vie de cin\u00e9phile sur un \u00e9pisode de la vie d\u2019Antoine Doisnel. Une signature au bas d\u2019un testament \u00e9crit sur du vent. Et me voil\u00e0 \u00e0 marcher sur le boulevard apr\u00e8s sa mise en terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les platanes se d\u00e9barrassent de leurs feuilles. Je croise des gens. Ils ont leurs vies. Et je me demande s\u2019ils regardent des films avec l\u2019envie qui nous a consum\u00e9s, Luc et moi. Je pourrais arr\u00eater cette femme qui se dirige vers moi, l\u2019interroger, je ne le ferai pas. J\u2019ai trop peur d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7u. Je repense au moment o\u00f9 son cercueil a disparu dans le caveau b\u00e9tonn\u00e9. La sc\u00e8ne finale de <em>La comtesse aux pieds nus<\/em> est convoqu\u00e9e. Humphrey Bogart dans son imper sur lequel d\u00e9gouline la pluie. Il existe une sc\u00e8ne de film pour tout. Luc les collectionnait. Les derni\u00e8res ann\u00e9es, il en extrayait dans les copies DivX qu\u2019il stockait sur un disque dur et en faisait des montages, qu\u2019il me montrait \u00e0 l\u2019occasion. Elodie, sa seconde \u00e9pouse, s\u2019\u00e9tait fait la malle. Marre de se coltiner un type qui pouvait vous tenir vingt minutes le crachoir sur la fa\u00e7on qu\u2019a Delon de marcher dans <em>Le Samoura\u00ef<\/em>. Luc ne s\u2019int\u00e9ressait pas \u00e0 la politique, encore moins au foot et aux bagnoles, il \u00e9tait exclusivement, irr\u00e9m\u00e9diablement, cin\u00e9matographique. Il l\u2019avait toujours \u00e9t\u00e9. Il avait huit ans quand il avait regard\u00e9 <em>Le passe-murailles<\/em> sur la t\u00e9l\u00e9 de ses parents entre un aspidistra mal empot\u00e9 et une horrible jarre grecque pour touristes. A l\u2019instant, sa vie avait chang\u00e9. Bourvil \u00e9tait capable de traverser les murs. C\u2019\u00e9tait une nouvelle bien plus importante que la chute de Sa\u00efgon. C\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on d\u2019envisager la vie. Il n\u2019en eut jamais d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le boulevard est con. J\u2019ai cette phrase en t\u00eate. Elle me vient d\u2019une chanson de Souchon. Les paroles exactes sont&nbsp;: Le boulevard de la mer est con. Ici, il n\u2019y a pas la mer, m\u00eame si l\u2019eau ruisselant sur le macadam a des reflets de canal. Pr\u00e9vert et Carn\u00e9 sont en embuscade. J\u2019essaie de trouver une sc\u00e8ne o\u00f9 un type comme moi marche le long d\u2019un boulevard, un type qui devient vieux, qui a perdu son ami. Je n\u2019en trouve aucune. Si Luc \u00e9tait l\u00e0, il en p\u00eacherait une, chez Antonioni, Scorcese, Kaurismaki, Chabrol. Mais il n\u2019est plus l\u00e0. A qui vais-je parler des films&nbsp;? Car, c\u2019est ce qui compte, les plans, les acteurs, les anecdotes de tournage et nos vies dedans. Nos dialogues autour d\u2019une Leffe ou d\u2019une Duvel. Je me souviens du jour o\u00f9 nous avions vu <em>Amanda<\/em> de Mikha\u00ebl Hers. Nous \u00e9tions deux gamins \u00e9merveill\u00e9s de presque soixante ans. Un grain avait \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 au chapelet.<\/p>\n\n\n\n<p>La pluie redouble et m\u2019oblige \u00e0 rentrer dans le premier troquet venu, le bien nomm\u00e9 Le Refuge. Je m\u2019assieds, commande un caf\u00e9. A peine le serveur est-il reparti vers le bar qu\u2019un type assis \u00e0 la table d\u2019\u00e0-c\u00f4t\u00e9 tombe de sa chaise. Je me pr\u00e9cipite sur le corps \u00e9tal\u00e9 sur le carrelage et je lui mets une paire de claques fa\u00e7on Al Pacino quand les circonstances l\u2019imposent. Ce n\u2019est s\u00fbrement pas la m\u00e9thode la plus indiqu\u00e9e mais je n\u2019ai pas le temps de me poser des questions. Le type ouvre les yeux. Je ne sais pas s\u2019il me remercie mais je sais qu\u2019il va me dire quelque chose, qui sera peut-\u00eatre quelque chose que j\u2019attends depuis longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait en 1985. Luc et moi venions de revoir <em>La mort aux trousses<\/em>. Il m\u2019avait dit<em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/em>Terminus&nbsp;: Rapid City.&nbsp;\u00bb Il disait ce genre de chose en attendant le prochain film. Je reprends la phrase pour la donner au type dont le visage retrouve quelques couleurs. Il me regarde. J\u2019imagine un champ contre-champ. C\u2019est le moment o\u00f9 il doit me proposer de l\u2019aider \u00e0 tuer sa femme ou quelque chose de ce genre. J\u2019accepterai bien s\u00fbr. En \u00e9change, je lui demanderai de venir avec moi au cimeti\u00e8re pour lui pr\u00e9senter Luc, un mec qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 plus loin que la sc\u00e8ne initiale de son projet de court-m\u00e9trage mais qui a stock\u00e9 dans sa m\u00e9moire dix ou vingt mille moments sur pellicule pour se les rappeler avec moi deux \u00e0 trois fois par semaine pendant pr\u00e8s de quarante ans.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce moment-l\u00e0, un homme est entr\u00e9 dans le bar. Il a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sale temps&nbsp;! Un demi&nbsp;!&nbsp;\u00bb Le charme \u00e9tait rompu. Ce n\u2019est pas encore aujourd\u2019hui que ma vie deviendra du cin\u00e9ma, avec ou sans Luc.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jour o\u00f9 j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 J\u00e9sus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On cherchait des figurants pour un film qui serait tourn\u00e9 dans ma ville natale. Le r\u00e9alisateur \u00e9tait du cru, fils de m\u00e9decin. Il s\u2019appelait Bruno Dumont et, disait-on, faisait du cin\u00e9ma r\u00e9aliste sans recours aux acteurs professionnels. Que pouvait bien raconter ce film&nbsp;intitul\u00e9 La vie de J\u00e9sus&nbsp;? Bailleul n\u2019\u00e9tait pas en Galil\u00e9e et ses habitants, pour la plupart, n\u2019\u00e9taient ni des Samaritains ni des Pharisiens, quoiqu\u2019on pouvait toujours tenter quelques comparaisons. Mais, bon, que le Mont Golgotha se dress\u00e2t symboliquement en Flandre sous le regard novateur d\u2019un cin\u00e9aste-philosophe-fils-de-m\u00e9decin-de-la-ville, cela me convenait plut\u00f4t en attendant d\u2019en savoir plus.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait de la figuration dans deux films, \u00e0 Roubaix et \u00e0 Tourcoing,&nbsp; et en avais conserv\u00e9 un souvenir agr\u00e9able. J\u2019ai donc postul\u00e9 pour balader ma tronche et ma d\u00e9gaine en arri\u00e8re-plan d\u2019un premier film dont l\u2019action se d\u00e9roulait dans la commune o\u00f9 j\u2019avais grandi. Ma femme aussi \u00e9tait partante. Le jour pr\u00e9vu, elle est all\u00e9e garer sa voiture au Coin Perdu, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, devant une pompe \u00e0 essence. Pour la sc\u00e8ne en question, une fanfare, venue de nulle part, arrivait au magasin-station-essence, qui comme son nom l\u2019indique est en pleine cambrousse. Dans le film, on voit une voiture qui attend \u00e0 la pompe, une AX Spot vert polyn\u00e9sien, et Dominique au volant, sans possibilit\u00e9 d\u2019indentification. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 plus chanceux. Ma figuration consistait \u00e0 arr\u00eater le h\u00e9ros du film et \u00e0 le faire monter dans un panier \u00e0 salade. Pour l\u2019occasion, on m\u2019avait pr\u00eat\u00e9 un uniforme de police. L\u2019autre flic, car nous \u00e9tions deux pour appr\u00e9hender le J\u00e9sus menott\u00e9, \u00e9tait un vrai policier. J\u2019\u00e9tais dans mes petits souliers. La pr\u00e9sence d\u2019un membre authentique des forces de l\u2019ordre \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s me d\u00e9stabilisait. Le type avait une allure polici\u00e8re naturelle. Je n\u2019en avais pas. Rendez-vous \u00e0 neuf heures dans un petit caf\u00e9 baraque de la rue des Foulons o\u00f9 la bande de jeunes du film a ses habitudes. J\u00e9sus est au bar. Nous le menottons. Il ne r\u00e9agit pas. Nous passons la porte. La cam\u00e9ra nous suit. Le vrai policier ouvre la porte arri\u00e8re du fourgon et nous y faisons asseoir J\u00e9sus entre nos deux personnes. Une affaire assez simple, qui ne devrait pas poser de difficult\u00e9 majeure \u00e0 moins que je loupe le marchepied et que je m\u2019\u00e9tale sur le trottoir ou dans le fourgon.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant que la cam\u00e9ra ne commence \u00e0 enregistrer la sc\u00e8ne d\u2019arrestation, un assistant me d\u00e9signe du doigt et murmure quelques mots \u00e0 l\u2019oreille du r\u00e9alisateur. Visiblement, un truc ne colle pas. Ai-je l\u2019air trop anar&nbsp;? Une lueur dans l\u2019\u0153il qui signifie qu\u2019un type comme moi ne peut pas endosser un uniforme, m\u00eame le spectateur du dixi\u00e8me rang le remarquerait&nbsp;? L\u2019assistant s\u2019approche de moi et me demande si j\u2019accepterais de me faire raser. Il s\u2019agit donc d\u2019une affaire de pilosit\u00e9. Bruno Dumont me demande&nbsp;: c\u2019est une barbe de combien de jours&nbsp;? Je r\u00e9ponds vaguement que c\u2019est une barbe que je porte en permanence, taill\u00e9e \u00e0 la va-vite, peu fournie, blonde plus ou moins, une vraie barbe de Christ, ou de Judas Iscariote, choisissez. Le r\u00e9alisateur ne semble pas s\u2019en soucier. Le fait est j\u2019ai \u00e9t\u00e9 choisi sur photo pour camper un policier et que sur la photo j\u2019avais le m\u00eame am\u00e9nagement pileux. Il s\u2019en fiche, c\u2019est \u00e9vident, pour lui un policier peut avoir une barbe, ou m\u00eame \u00eatre mal ras\u00e9, mais son assistant a signal\u00e9 un manque de r\u00e9alisme&nbsp;: les policiers sont toujours bien ras\u00e9s, et il l\u2019a approuv\u00e9. Je me retrouve dans une petite salle et la maquilleuse, ou une scripte, ou n\u2019importe quelle fille qui participe au tournage, me rase. Elle ne dit rien. Moi non plus. J\u2019\u00e9tais venu ici pour figurer pas pour me retrouver le menton \u00e0 l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne sera tourn\u00e9e deux fois par s\u00e9curit\u00e9. Je marchais nonchalamment pour emmener J\u00e9sus vers son destin, avec une moustache en bonne et due forme, et il est vrai que les flics \u00e0 moustache c\u2019est raccord. A la Belle \u00e9poque, il n\u2019y avait m\u00eame que \u00e7a. Ni le cin\u00e9aste ni son assistant n\u2019ont stopp\u00e9 la sc\u00e8ne pour trouver que j\u2019avais le nez trop long ou les lobes d\u2019oreille un tantinet trop pro\u00e9minents, auquel cas la fille qui m\u2019a ras\u00e9 n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019aucune aide.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e0 peine dix heures quand on me donne mon salaire pour avoir arr\u00eat\u00e9 J\u00e9sus&nbsp;: des billets de banque \u00e0 l\u2019effigie de Delacroix, qui n\u2019a jamais mis les pieds \u00e0 Bailleul, mais son nom associ\u00e9 \u00e0 celui que j\u2019ai menott\u00e9 pour de faux me laisse dubitatif. Quoi qu\u2019il en soit, je suis d\u00e9\u00e7u. J\u2019avais envisag\u00e9 de passer la journ\u00e9e \u00e0 attendre dans un coin et \u00e0 observer tous les d\u00e9tails de tournage d\u2019un film biblique. De Bruno Dumont en action, je n\u2019ai vu qu\u2019un homme cool, distant, qui ne s\u2019embarrassait pas de superflu et parait au plus press\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand plusieurs mois plus tard le film est diffus\u00e9 au cin\u00e9ma Le Flandria de Bailleul, je suis naturellement dans la salle. Je me vois \u00e0 peine sur l\u2019\u00e9cran. Arr\u00eater J\u00e9sus est une affaire de quelques secondes. Une lettre post\u00e9e, un geste qui devait \u00eatre accompli pour que s\u2019accomplisse le destin d\u2019un Nazar\u00e9en bailleulois. Le reste du film me laisse sur ma faim. Je reconnais au cin\u00e9aste audace et originalit\u00e9 mais je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019il y ait quelque chose d\u2019essentiel \u00e0 apporter \u00e0 l\u2019art cin\u00e9matographique. Les r\u00e9actions des Bailleulois sont mitig\u00e9es. Pourquoi a-t-il choisi de montrer une ville o\u00f9 rien ne se passe, vid\u00e9e de ses voitures, de ses pi\u00e9tons, de ses chiens&nbsp;? Une ville d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e o\u00f9 une bande de jeunes d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s se parlent avec un glossaire r\u00e9duit \u00e0 une vingtaine de mots. Des anecdotes post-tournage courent dans la ville. Une des actrices, caissi\u00e8re dans le film, est r\u00e9guli\u00e8rement interpell\u00e9e et moqu\u00e9e parce que vue nue sur pellicule. Le g\u00e9n\u00e9rique pr\u00e9cisait que le club naturiste de Dunkerque avait&nbsp; fourni quelques anatomies mais qui lit les g\u00e9n\u00e9riques&nbsp;? Etrange fa\u00e7on de disposer des corps d\u2019autrui. Bruno Dumont est un cin\u00e9aste de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, telle ma conclusion, faute de mieux. Quant aux similitudes entre ma bourgade de Flandre fran\u00e7aise et la Galil\u00e9e, je les cherche encore.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Grande Illusion \u2013 le point de vue de la vache On aurait pu m\u2019appeler Gr\u00e4tschen, Sissy ou Hilda. 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