{"id":38,"date":"2025-01-12T00:54:39","date_gmt":"2025-01-11T23:54:39","guid":{"rendered":"https:\/\/francisgrembert.fr\/?page_id=38"},"modified":"2026-04-10T01:23:07","modified_gmt":"2026-04-09T23:23:07","slug":"journal-dun-cinephile","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/francisgrembert.fr\/index.php\/journal-dun-cinephile\/","title":{"rendered":"Journal d&#8217;un cin\u00e9phile"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les mille visages de Mery Streep<\/strong> (09-04-2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Meryl Streep sait tout faire. Elle dirige l\u2019Angleterre d\u2019une main de fer, chante du Abba, parle avec l\u2019accent polonais dans un camp de concentration, dirige un prestigieux magazine de mode, traverse les rapides d\u2019une rivi\u00e8re en furie comme d\u2019autres vont acheter leur baguette le matin, plante du caf\u00e9 en Afrique. Elle est odieuse, touchante, fragile, aga\u00e7ante, \u00e9nigmatique, ma\u00eetresse d\u2019un lieutenant fran\u00e7ais, amoureuse de Clint Eastwood sur la route de Madison, sorci\u00e8re, chanteuse d\u2019op\u00e9ra sans talent, suffragette, patronne de presse. Meryl Streep est une cam\u00e9l\u00e9onne pour notre plus grand plaisir. Quand je ne sais pas quoi faire, il m\u2019arrive d\u2019imaginer les r\u00f4les qu\u2019elle jouera demain. Comme elle capable de tout, ce petit amusement se fait avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante. Sera-t-elle M\u00e8re T\u00e9r\u00e9sa, une guerri\u00e8re viking, une stand-uppeuse, la premi\u00e8re femme sur la Lune ou une caissi\u00e8re dans un Monoprix dans du 10<sup>e<\/sup>\u00a0? Tout est possible. Avec Meryl, on est \u00e0 la campagne et \u00e0 la ville, au four et au moulin, \u00e0 la p\u00eache aux canards et \u00e0 la chasse au sanglier. B\u00e9nie soit cette femme\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"538\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/miranda-merylstreep-1024x538.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-552\" style=\"width:401px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/miranda-merylstreep-1024x538.jpg 1024w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/miranda-merylstreep-300x158.jpg 300w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/miranda-merylstreep-768x403.jpg 768w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/miranda-merylstreep.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vengeance sociale<\/strong> (08-03-2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vengeance sociale donne souvent de tr\u00e8s beaux films. Le fait-divers des s\u0153urs Papin, adapt\u00e9 en 2000 sous le titre <em>Les blessures assassines<\/em> par Jean-Pierre Denis, en est l\u2019arch\u00e9type. Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert reprennent le flambeau dans <em>La c\u00e9r\u00e9monie<\/em>, film f\u00e9roce et r\u00e9jouissant de Claude Chabrol. <em>Selon Mathieu<\/em>, de Xavier Beauvois, est une des grandes r\u00e9ussites du genre. Comme souvent, Magimel y est tendu et puissant. <em>Trois-huit<\/em> de Philippe Le Guay ne traite pas \u00e0 proprement parl\u00e9 de vengeance mais l\u2019agressivit\u00e9 ouvri\u00e8re qui y est d\u00e9crite la sous-tend. <em>Ressources humaines<\/em>, de Laurent Cantet prend \u00e9galement aux tripes. Merci \u00e0 ces cin\u00e9astes d\u2019avoir fait des Edmond Dant\u00e8s de ces ouvriers et employ\u00e9es de maison et d\u2019avoir mis en images la violence de la lutte des classes, qui reste toujours d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"585\" height=\"391\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/selon_matthieu_WEB.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-542\" style=\"width:337px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/selon_matthieu_WEB.jpg 585w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/selon_matthieu_WEB-300x201.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 585px) 100vw, 585px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Michael Caine &amp; mother<\/strong> (10-02-2026)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"640\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Michael-Caine-and-mother-1964.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-539\" style=\"width:370px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Michael-Caine-and-mother-1964.jpg 512w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Michael-Caine-and-mother-1964-240x300.jpg 240w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1984, le groupe Madness sort un single intitul\u00e9 <em>Michael Caine<\/em>. Je vis alors en Irlande et ce doubl\u00e9 anglais me ravit. Les Irlandais comme les Fran\u00e7ais aiment plus que tout que les Anglais soient ce qu\u2019ils sont, des gens \u00e0 part, insulaires et excentriques, si possibles post-imp\u00e9rialistes. Qu\u2019un groupe purement british rende hommage \u00e0 un acteur tout aussi intrins\u00e8quement britannique me ravit. La chanson est tr\u00e8s r\u00e9ussie et je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9e avec gourmandise au moment de sa sortie. Michael Caine est un acteur mythique. Il incarne cette ironie et cette d\u00e9sinvolture anglaises qui nous charment tant. Michael Caine, c\u2019est comme le jus de pamplemousse au r\u00e9veil ou la vue d\u2019un li\u00e8vre bondissant dans le jeune bl\u00e9, \u00e7a ne se raconte pas. Il faudrait tenter de dire pourquoi il est unique, pourquoi il a une cohorte de fans inconditionnels. Et puis, non, laissons l\u2019\u00e9vidence \u00eatre ce qu\u2019elle est et parlons plut\u00f4t de sa m\u00e8re, femme de m\u00e9nage, \u00e0 qui l\u2019acteur a offert une maison avec le cachet de <em>Jaws 4<\/em>. Les photos de la m\u00e8re et du fils sont nombreuses sur la toile. Elles disent l\u2019histoire d\u2019un gamin qui a grandi dans un milieu prol\u00e9taire et qui, devenu une ic\u00f4ne du 7<sup>e<\/sup> art, a toujours revendiqu\u00e9 ses origines modestes. La chose n\u2019est pas si courante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Serre-moi fort, Vicky<\/strong> (24-10-2025)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"600\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Krieps-Vicky-Serre-moi-fort.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-531\" style=\"width:357px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Krieps-Vicky-Serre-moi-fort.jpg 900w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Krieps-Vicky-Serre-moi-fort-300x200.jpg 300w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Krieps-Vicky-Serre-moi-fort-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Serre moi fort<\/em> sans trait d\u2019union est un film de Mathieu Amalric dont le synopsis officiel se r\u00e9sume en une phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a semble \u00eatre l\u2019histoire d\u2019une femme qui s\u2019en va.&nbsp;\u00bb Nous n\u2019en dirons pas plus, conscient de la possibilit\u00e9 que vous ne souhaitiez pas qu\u2019on divulg\u00e2che ce qui ne doit pas l\u2019\u00eatre. <em>Serre moi fort<\/em> est un film magnifique, \u00e9mouvant, d\u00e9routant, dont on sort la gorge nou\u00e9e, n\u00e9anmoins heureux d\u2019avoir v\u00e9cu ce grand moment de cin\u00e9ma. Amalric, dont on sait le go\u00fbt pour une certaine sophistication, r\u00e9alise ici un travail unique de r\u00e9alisation exigeante et de montage proche de la perfection. On pouvait s\u2019attendre \u00e0 une \u0153uvre un peu froide qui t\u00e9moigne d\u2019un talent appliqu\u00e9. Que nenni&nbsp;! Tout ici est incandescent, essentiel, et nous parle une langue famili\u00e8re. Le travail sur la temporalit\u00e9 est virtuose. Mais quittons les lauriers tress\u00e9s au r\u00e9alisateur pour nous attacher \u00e0 Vicky Krieps, qui tient le film de bout en bout. Depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019actrice nous s\u00e9duit dans des films fran\u00e7ais, allemands ou am\u00e9ricains. L\u00e0, elle nous emm\u00e8ne tr\u00e8s loin, elle nous prend la main et nous la suivons, \u00e9mus et admiratifs. Elle a la gr\u00e2ce de Romy Schneider dans ses meilleurs r\u00f4les. A vif et tendre, l\u00e9g\u00e8re et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Le sc\u00e9nario le demande peut-\u00eatre mais parvenir \u00e0 cette palette \u00e9motionnelle est chose rare. Vicky est grande&nbsp;! Mathieu a eu du flair en la choisissant. <em>Serre moi fort<\/em> est un film exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Claudia et Robert<\/strong> (27 septembre 2025)<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-f56f613f wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"356\" height=\"287\" data-id=\"525\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Claudia-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-525\" style=\"width:282px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Claudia-1.png 356w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Claudia-1-300x242.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 356px) 100vw, 356px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"349\" height=\"205\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Redford.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-526\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Redford.png 349w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Redford-300x176.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 349px) 100vw, 349px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Claudio Cardinale et Robert Redford sont partis \u00e0 une semaine d\u2019intervalle en ce mois de septembre 2025. \u00c7a fait beaucoup&nbsp;! Ces-deux-l\u00e0 incarnaient la gr\u00e2ce et la magie du cin\u00e9ma. Claudia&nbsp;: la beaut\u00e9, la joie de vivre, les heures les plus ensoleill\u00e9es du cin\u00e9ma italien, mais aussi fran\u00e7ais. Elle nous a enchant\u00e9s dans <em>Le Gu\u00e9pard, Rocco et ses fr\u00e8res, Il \u00e9tait une fois dans l\u2019Ouest, Cartouche<\/em> ou <em>Le Bel Antonio<\/em>. Bella Ciao&nbsp;! Redford&nbsp;: <em>Les hommes du Pr\u00e9sident, Out of Africa, L\u2019Arnaque<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines disparitions nous donnent plus que d\u2019autres une sensation de cr\u00e9puscule et d\u2019\u00e9poque r\u00e9volue. Dans ce monde sans rep\u00e8re, o\u00f9 la beaut\u00e9 semble \u00eatre all\u00e9e faire un tour on ne sait o\u00f9, o\u00f9 les valeurs humaines les plus \u00e9videntes sont bafou\u00e9es, ils nous manquent plus que je ne saurais dire. Restent les heures exquises pass\u00e9es en leur compagnie.&nbsp;Les acteurs et actrices sont immortels. Ils agrandissent notre vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le chaudron<\/strong> (14 ao\u00fbt 2025)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On voit des films. On en voit plein. C\u2019est une nourriture. Une drogue. Le temps passe. Il y en a de plus en plus. Certains restent, d\u2019autres s\u2019effacent de la m\u00e9moire. On a en t\u00eate des milliers de visages, de r\u00e9pliques, de plans, des histoires \u00e0 dormir debout, des bouts de r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s, des possibilit\u00e9s, du temps perdu avec des t\u00e2cherons qui ont voulu briller, du temps gagn\u00e9 avec des po\u00e8tes qui nous ont donn\u00e9 \u00e0 voir plus loin que nos vies. D\u2019une image, d\u2019une sc\u00e8ne, d\u2019une r\u00e9plique, nous b\u00e2tissons des mondes. Le cin\u00e9ma, grand voyage immobile de nos vies qui ne demandent qu\u2019\u00e0 se m\u00ealer \u00e0 d\u2019autres vies, fabriqu\u00e9es mais essentielles. Les yeux d\u2019Henry Fonda, l\u2019assurance de De Niro, la gouaille de Laure Calamy, la voix de Claudia Cardinale, les pitreries de Jim Carrey, les aust\u00e9rit\u00e9s de Bergman, la po\u00e9sie de Tati, le burlesque de Kaurismaki, les d\u00e9sesp\u00e9rances felliniennes et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de Podalyd\u00e8s, tout cela mijote dans le grand chaudron. On touille, remue, m\u00e9lange. Chaque jour la soupe est pr\u00eate \u00e0 boire. Un grand bol fumant dans la panse. \u00c7a tient chaud au corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> <strong>Montgomery Clift<\/strong> (04 ao\u00fbt 2025)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"763\" height=\"569\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Clift-Montgomery-Red-River.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-511\" style=\"width:347px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Clift-Montgomery-Red-River.png 763w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Clift-Montgomery-Red-River-300x224.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 763px) 100vw, 763px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur l\u2019album <em>London Calling<\/em>, le groupe The Clash chante en 1979 une chanson en hommage \u00e0 Montgomery Clift, hommage un peu punk, provoc, iconoclaste, mais sinc\u00e8re et \u00e9mouvant, \u00e0 l\u2019un des acteurs les plus atypiques, les plus incroyables, les plus secrets du cin\u00e9ma am\u00e9ricain. Il y a quelque chose de cr\u00e9pusculaire chez Monty Clift, quelque chose de fragile et de tenace exactement comme quand on regarde le jour devenir tr\u00e8s lentement la nuit. Sa premi\u00e8re apparition au cin\u00e9ma est dans <em>Red River<\/em>, o\u00f9 il tient la drag\u00e9e haute \u00e0 John Wayne. Le western de Howard Hawks est un des sommets du genre. On y trouve rassembl\u00e9s les \u00e9l\u00e9ments habituels du western mais aussi une r\u00e9flexion sur la filiation et bien d\u2019autres choses encore. On a surtout ce jeune acteur au jeu puissant et d\u00e9licat qu\u2019on n\u2019est pas pr\u00eat d\u2019oublier. Montgomery Clift nous a s\u00e9duits, \u00e9merveill\u00e9s, intrigu\u00e9s dans <em>Une Place au soleil<\/em> avec Elisabeth Taylor, critique au scalpel du r\u00eave am\u00e9ricain, et <em>La Rivi\u00e8re sauvage<\/em>, d\u2019Elia Kazan, film au propos \u00e9cologiste avant l\u2019heure. Sa sant\u00e9 d\u00e9cline, en raison de ses addictions. Dans un des derniers r\u00f4les, <em>Les D\u00e9sax\u00e9s<\/em>, film o\u00f9 apparaissent pour la derni\u00e8re fois \u00e0 l\u2019\u00e9cran Marylin Monroe et Clark Gable, il peine \u00e0 donner le change. Il se retire ensuite des plateaux et meurt d\u2019un infarctus \u00e0 45 ans en 1966. Cette disparition pr\u00e9matur\u00e9e n\u2019a pas engendr\u00e9 de mythe, ou si peu. Montgomery Clift est aujourd\u2019hui quelque peu oubli\u00e9. Il est imp\u00e9ratif de d\u00e9couvrir ce qu\u2019il a donn\u00e9 au septi\u00e8me art. N\u2019importe lequel de ses films fera l\u2019affaire (certains sont des classiques dans lesquels il faut se plonger toute affaire cessante) mais c\u2019est peut-\u00eatre son premier r\u00f4le au cin\u00e9ma qui donne \u00e0 voir toute la particularit\u00e9 de son jeu&nbsp;: <em>La Rivi\u00e8re rouge<\/em>, admirable western o\u00f9 il montre sans tambouille Actor Studio une sensibilit\u00e9 que peu d\u2019acteurs sont capables d\u2019afficher. Sinon pour un hommage rapide et sans images, il y a toujours l\u2019album de Clash&nbsp;: <em>London Calling<\/em> est \u00e9galement \u00e9ternel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Longue vie aux salauds&nbsp;!<\/strong> (01-08-25)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"581\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-Yanne-Que-la-bete-meure-1024x581.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-503\" style=\"width:399px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-Yanne-Que-la-bete-meure-1024x581.jpg 1024w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-Yanne-Que-la-bete-meure-300x170.jpg 300w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-Yanne-Que-la-bete-meure-768x436.jpg 768w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-Yanne-Que-la-bete-meure-1536x872.jpg 1536w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-Yanne-Que-la-bete-meure.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean Yanne dans<em> Que la b\u00eate meure <\/em>et Michel Bouquet dans<em> Deux hommes dans la ville <\/em>campent deux salauds de premi\u00e8re bourre, des \u00eatres vils et ignobles que l\u2019on prend un plaisir fou \u00e0 d\u00e9tester. J\u2019ai la vague impression qu\u2019on n\u2019en fait plus de cette trempe-l\u00e0. Les salauds actuels sont outr\u00e9s et souvent caricaturaux. Ce sont des m\u00e9chants qui remplissent la case au bon endroit mais qui n\u2019ont pas cette humanit\u00e9 qui nous les rend proches et d\u2019autant plus ignobles. Avec Jean Yanne et Michel Bouquet, on a la sensation tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able qu\u2019on pourrait les croiser au coin de la rue. M\u00eame chose pour Jean Carmet dans <em>Dupont Lajoie<\/em>. L\u00e0 aussi, la d\u00e9testation est un d\u00e9lice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si on dresse la liste tous ceux qui ont incarn\u00e9 un des salauds les plus c\u00e9l\u00e8bres de la litt\u00e9rature, je parle ici de l\u2019immonde Javert, celui qui veut la peau de Jean Valjean, on a Charles Vanel, Michel Bouquet, Anthony Perkins, Bernard Blier, John Malkovich et Charles Laughton. Tous s\u2019en sortent bien, Bouquet et Laughton en t\u00eate de liste. Il y a aussi Th\u00e9nardier, et l\u00e0, Victor Hugo, une fois de plus, nous \u00e9pate&nbsp;: Javert est enfonc\u00e9, rel\u00e9gu\u00e9 aux amuse-petit, Th\u00e9nardier c\u2019est de la raclure d\u2019humanit\u00e9, de ces gens qu\u2019on refuse qu\u2019ils existent, m\u00e9prisables jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ongle. En assistant \u00e0 leurs bassesses dieu qu\u2019on se sent bien d\u2019\u00eatre ce que l\u2019on est malgr\u00e9 tous les d\u00e9fauts qui vont avec. Interpr\u00e9ter Th\u00e9nardier est un exercice difficile. Le com\u00e9dien doit r\u00e9ussir \u00e0 livrer ce petit plus qui nous fait bondir hors de nos gonds. Parmi tous ceux qui ont incarn\u00e9 Th\u00e9nardier, c\u2019est \u00e9trangement Bourvil qui y parvient le mieux. Le tendre, le d\u00e9licieux Bourvil campe un Th\u00e9nardier qui me glace le sang. Chapeau Monsieur Andr\u00e9 Raimbourg&nbsp;! J\u2019attends avec impatience la prestation de Benjamin Lavernhe dans la prochaine adaptation car il nous faut encore et toujours de beaux salauds, des moins que rien qu\u2019on a envie de boxer jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils gisent au tapis et crient piti\u00e9&nbsp;! \u00c7a fait partie du deal cin\u00e9matographique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"304\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Bourvil-Thenardier.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-504\" style=\"width:454px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Bourvil-Thenardier.png 720w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Bourvil-Thenardier-300x127.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chabat-papa <\/strong>( 02-06-25)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Papa<\/em> de Maurice Barth\u00e9lemy sera s\u00fbrement un petit truc sympathique, un road-movie peinard, un de ces films un peu indolents desquels on n\u2019attend aucune r\u00e9v\u00e9lation. On s\u2019en fiche. On aura droit \u00e0 un festival Chabat et \u00e7a nous suffit amplement. Chabat est important. Il nous a accompagn\u00e9s, il a vieilli avec nous et on sait qu&#8217;un jour il sera sacr\u00e9 symbole d&#8217;une \u00e9poque. Mais te n&#8217;en fais pas, Alain, ton myst\u00e8re est trop grand pour toutes les r\u00e9cup du monde. Tu es du genre Mitchum&nbsp;: on te demande de jouer, tu le fais sans broncher, sans m\u00eame d\u00e9border \u00e0 droite ou \u00e0 gauche. Ta nonchalance est d\u2019une \u00e9l\u00e9gance folle (Mastroianni est-il une de tes r\u00e9f\u00e9rences ?) Le film d\u00e9marre, tu chantes <em>Antisocial<\/em> au volant de ta voiture et \u00e7a le fait compl\u00e8tement. A c\u00f4t\u00e9 de ton jeune fils, tu hurles le tube de Trust sur l&#8217;autoroute. C&#8217;est ludique. C&#8217;est bien fait. On est dimanche soir devant son poste de t\u00e9l\u00e9. On pense aux jours anciens, cinoche gentil pour passer agr\u00e9ablement le temps. Une heure et quinze minutes plus tard, le g\u00e9n\u00e9rique de fin propose une chanson de Niagara. Le contrat a \u00e9t\u00e9 rempli. Chabat a fait le job ! Et en plus, cerise impr\u00e9vue sur le g\u00e2teau, cadeau du ciel qu&#8217;on n\u2019attendait pas, on a vu un film exceptionnel, un grand film, dr\u00f4le et poignant. Chaque sc\u00e8ne est r\u00e9ussie. Les dialogues font mouche. La dr\u00f4lerie assum\u00e9e, avec quelques sc\u00e8nes gag de tr\u00e8s haut niveau (la discussion sur les Chamonix \u00e0 l\u2019abricot) qui c\u00f4toient l&#8217;\u00e9motion la plus pure. Le propos, on le d\u00e9couvrira petit \u00e0 petit, est tragique. Et il n&#8217;y a pas d&#8217;enrobage. Le comique n&#8217;est pas ici une facile fausse pudeur pour faire entrer&nbsp; l&#8217;artillerie lourde le moment venu. En \u00e9tat de gr\u00e2ce, Maurice Barth\u00e9lemy est s\u00fbr de son affaire. Les moments graves, les gouffres, sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s et suivis de sc\u00e8nes, quasi des clips, d&#8217;une loufoquerie dont Mister Chabat a le secret. En prime, on a un portrait d&#8217;homme exceptionnel. On a m\u00eame une incarnation habit\u00e9e de ce prototype d&#8217;homme qu&#8217;est le gai luron jusqu&#8217;\u00e0 \u00e9puisement, le p\u00e8re la pudeur, nounours \u00e0 jeux de mots et blagues \u00e0 deux balles, qui sous sa clownerie parfois lassante cache un coeur d&#8217;artichaut gros comme \u00e7a. Chabat quand tu nous tiens&nbsp;! Ton art est grand. Ton coeur d&#8217;artichaut \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bruno et Denis <\/strong>(01-06-25)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il m\u2019arrive de plus en plus souvent de rencontrer Michel Vuillermoz au rayon fromages quand je fais mes courses au supermarch\u00e9. Il s\u2019avance vers moi et me recommande un Chaource en promo. Je ne m\u2019\u00e9tonne plus. Quand trois minutes plus tard Sandrine Kiberlain passe mes paquets de pistaches au lecteur de codes-barres, je ne m\u2019\u00e9tonne pas davantage du clin d\u2019\u0153il qu\u2019elle m\u2019adresse. Sur le parking, je sais que Bruno et Denis Podalyd\u00e8s m\u2019aideront \u00e0 ranger mes courses dans le coffre de ma voiture en devisant sur la m\u00e9t\u00e9o. Tout cela est devenu ma normalit\u00e9. Autrefois, je cherchais des r\u00e9ponses en lisant les philosophes qui passent \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Aujourd\u2019hui, je regarde en boucle les films des Podalyd\u00e8s. J\u2019y gagne au change, m\u00eame si ma d\u00e9pendance s\u2019accompagne d\u2019hallucinations. Sabine Az\u00e9ma et Isabelle Candelier peuvent bien se moquer de ma nouvelle coupe de cheveux quand je traverse le boulevard Victor Hugo, je n\u2019en prends pas ombrage, s\u00fbr d\u2019avoir enfin trouv\u00e9 le chemin d\u2019une nouvelle vie o\u00f9 la fantaisie n\u2019est pas un simple mot parmi d\u2019autres. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Top Ten &#8211; N\u00b06 : Rio Bravo <\/strong>(31-05-25)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Western avec sh\u00e9rif int\u00e8gre, bad guys, saloon et fusillade finale. Ajoutez un pochtron, un \u00e9clop\u00e9, des chansons, un tricheur au poker, un h\u00f4telier mexicain. Couronnez le tout avec John Wayne. Vous avez Rio Bravo. Difficile d\u2019expliquer pourquoi la somme de ces \u00e9l\u00e9ments aboutit \u00e0 un classique ind\u00e9modable. Rio Bravo est un film sur l\u2019attente. Il ne s\u2019y passe pas grand-chose, pour notre plus grand plaisir. Rio Bravo est aussi un film sur l\u2019alcoolisme et les trompettes mexicaines. Il y a \u00e9galement Angie Dickinson. Il y a surtout Howard Hawks \u00e0 la man\u0153uvre. Et n\u2019oublions pas le d\u00e9licieux Walter Brennan, \u00e9ternel r\u00e2leur irlandais, ainsi qu\u2019un petit jeunot, Ricky Nelson, crooner dans la vie. Tout cela aurait pu aboutir \u00e0 une production standard mais la magie a op\u00e9r\u00e9 et nous donne un endroit de plus o\u00f9 nous \u00e9merveiller, qui s\u2019appelle Rio Bravo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et c&#8217;est ainsi que James Gray est grand !<\/strong> (30-05-25)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">James Gray est notre grand cin\u00e9aste ind\u00e9pendant am\u00e9ricain. Son \u0153uvre ne conna\u00eet aucune baisse de qualit\u00e9 au fil du temps. Son dernier film, <em>Armageddon Times<\/em>, largement autobiographique, est un moment d\u2019\u00e9motion rare. L\u2019amiti\u00e9 entre un gar\u00e7on blanc, issu de la classe moyenne, et un gar\u00e7on noir, des classes d\u00e9favoris\u00e9es, est dite avec beaucoup de subtilit\u00e9. C\u2019est un portrait intime de l\u2019Am\u00e9rique du d\u00e9but des ann\u00e9es 80, avec une chanson de Clash en leitmotiv. Le gar\u00e7on choisi pour incarner le r\u00f4le principal est \u00e9tonnant de justesse. Il irradie ce film essentiel, qui parle de la lutte pour ne pas se laisser happer par le conformisme agressif des nantis, des r\u00e9acs et des racistes. Cette histoire, qui se termine par l\u2019\u00e9lection de Reagan, r\u00e9sonne \u00e9trangement en 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Top Ten &#8211; N\u00b0 4 et 5 : Un dimanche \u00e0 la campagne &#8211; Quand passent les cigognes<\/strong> (28-05-25)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Un dimanche \u00e0 la campagne<\/strong> <\/em>raconte une journ\u00e9e dans la vie de Monsieur Lamiral, interpr\u00e9t\u00e9 par Louis Ducreux dont c\u2019est le seul grand r\u00f4le au cin\u00e9ma. Tavernier a cherch\u00e9 \u00e0 reconstituer cette journ\u00e9e ordinaire par petites touches. D\u2019embl\u00e9e, la voix off du r\u00e9alisateur nous introduit dans le romanesque du quotidien. Film cr\u00e9pusculaire et ensoleill\u00e9, <em>Un dimanche \u00e0 la campagne <\/em>est une des plus grandes r\u00e9ussites du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. Rarement, le temps de la vieillesse et des regrets aura \u00e9t\u00e9 sond\u00e9 avec autant de d\u00e9licatesse. Le peu ici dit tout. J\u2019en ressors \u00e0 chaque fois \u00e9merveill\u00e9, s\u00fbr que ce film est en relation intime avec des moments de ma vie, des lectures, d\u2019autres films, mais sans savoir lesquels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quand passent les cigognes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jour o\u00f9 j\u2019ai vu ce classique du cin\u00e9ma russe, je l\u2019ai imm\u00e9diatement hiss\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re place de mon panth\u00e9on, mais je n\u2019avais pas encore vu les milliers de films qui lui ont succ\u00e9d\u00e9. Emport\u00e9 par le romantisme slave, conquis par l\u2019intensit\u00e9 m\u00e9lodramatique d\u2019une histoire d\u2019amour bris\u00e9 par la guerre, baba devant les prouesses techniques de Kalatazov, c\u2019\u00e9tait \u00e0 mes yeux le film absolu. Quarante ans plus tard, mon jugement n\u2019a pas chang\u00e9, ou si peu. Les plans et s\u00e9quences virtuoses du cin\u00e9aste russe sont grav\u00e9es en moi, petit catalogue de maestria cin\u00e9matographique o\u00f9 on peut puiser pour oublier la banalit\u00e9 de nos g\u00e9om\u00e9tries quotidiennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Top Ten \u2013 N\u00b02 et 3&nbsp;: Voyage au bout de l\u2019enfer &#8211; Vertigo<\/strong> (16 mai 2025)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Voyage au bout de l&#8217;enfer <\/strong>  Le film est sorti \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les distributeurs avaient la f\u00e2cheuse id\u00e9e d\u2019adapter les titres originaux. <em>The Deer Hunter<\/em> (Le Chasseur de daim) s\u2019est ainsi vu transform\u00e9 en un des pire titres fran\u00e7ais possibles. A part \u00e7a, le deuxi\u00e8me film de Cimino est un \u00e9blouissement du d\u00e9but \u00e0 la fin. Une fresque am\u00e9ricaine dont on ne sort pas indemne. Trois parties&nbsp;: avant, pendant, apr\u00e8s. La partie centrale, au Vi\u00eatnam, n\u2019a pas fini de nous hanter avec ses sc\u00e8nes de roulette russe. La premi\u00e8re partie, ouvri\u00e8re et sid\u00e9rurgique, est celle dont les s\u00e9quences d\u2019anthologie nourrissent \u00e0 tout jamais notre m\u00e9moire de cin\u00e9phile&nbsp;: le bal (seul Visconti peut rivaliser avec Cimino pour filmer les bals), la partie de billard (sur la musique de <em>Can\u2019t take my eyes off you<\/em>) et l\u2019affaire des bottes oubli\u00e9es pendant la partie de chasse. Le souffle romanesque emporte tout. L\u2019Am\u00e9rique qu\u2019on nous donne \u00e0 voir est une terre de contrastes et si le film se termine par l\u2019hymne national, c\u2019est pour mieux dire les ambigu\u00eft\u00e9s de cette g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e. Trois-quatre ans plus tard, Springsteen chantera <em>Born in the USA<\/em>, protest song qui comme la derni\u00e8re sc\u00e8ne du film de Cimino sera souvent mal interpr\u00e9t\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"514\" height=\"540\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Voyage-au-bout-de-lenfer.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-480\" style=\"width:288px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Voyage-au-bout-de-lenfer.jpg 514w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Voyage-au-bout-de-lenfer-286x300.jpg 286w\" sizes=\"auto, (max-width: 514px) 100vw, 514px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vertigo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout a \u00e9t\u00e9 dit sur le chef d\u2019oeuvre d\u2019Hitchcock. Inutile d\u2019en rajouter. Impossible d\u2019en sortir avec l\u2019\u00e9trange impression que le grand Hitch est all\u00e9 fouiller l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019a normalement pas acc\u00e8s&nbsp;: notre propre cervelle et ses zones les plus sensibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Top Ten \u2013 N\u00b0 1&nbsp;: Les Gens de Dublin<\/strong> (15-05-25)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re place de mon top 10 est occup\u00e9e par <em>Les Gens du Dublin<\/em>, le dernier film de John Huston. Les trois-quarts du film montrent un repas de No\u00ebl dans une maison bourgeoise de Dublin. Il ne s\u2019y passe rien que l\u2019on puisse qualifier d\u2019\u00e9v\u00e9nement, juste des dialogues relatant des anecdotes du pass\u00e9. Les relations entre les convives sont polic\u00e9es, feutr\u00e9es. D\u2019o\u00f9 vient alors que ce film tourn\u00e9 en int\u00e9rieur par un cin\u00e9aste en fin de vie est peut-\u00eatre le plus beau jamais tourn\u00e9&nbsp;? La d\u00e9licatesse du jeu des acteurs, la nouvelle de James Joyce (<em>The Dead<\/em>) d\u2019o\u00f9 le film est tir\u00e9, l\u2019atmosph\u00e8re dublinoise d\u00e9licieusement surann\u00e9e, les souvenirs racont\u00e9s avec une nostalgie&nbsp;tout en d\u00e9licatesse ? Un peu de tout cela, mais plus encore. Le titre original, <em>The Dead<\/em>, indique que les morts sont pr\u00e9sents dans un geste, l\u2019intonation d\u2019une voix, un mot, un nom tir\u00e9 des limbes. <em>Les Gens de Dublin<\/em> est tout simplement un film sur le temps qui passe, sur la joie m\u00eal\u00e9e de douleur que produit, un soir de No\u00ebl, l\u2019\u00e9tonnement d\u2019\u00eatre encore ce que l\u2019on a \u00e9t\u00e9 malgr\u00e9 toutes les preuves du contraire. Quant \u00e0 la s\u00e9quence finale, cette longue confession dans une chambre d\u2019h\u00f4tel apr\u00e8s le r\u00e9veillon, elle atteint l\u2019\u00e9motion la plus pure. Le pass\u00e9 vit en nous, les morts vivent en nous et la neige tombe sur l\u2019Irlande.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Beau geste<\/strong> (09 mai 2025)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019en r\u00eavais depuis des ann\u00e9es. Depuis l\u2019arr\u00eat de \u00ab&nbsp;Cin\u00e9ma Cin\u00e9mas&nbsp;\u00bb dans les ann\u00e9es 80, il n\u2019y avait plus \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 d\u2019\u00e9mission sur le cin\u00e9ma digne de ce nom. De ci, de l\u00e0, des exercices de promo indigents mais pas de magazine hebdomadaire. Et puis, il y a deux ans, est arriv\u00e9 \u00ab&nbsp;Beau geste&nbsp;\u00bb le dimanche soir. Pierre Lescure nous a concoct\u00e9 une \u00e9mission de haute tenue avec des interviews passionnantes, des reportages pertinents, des archives. Autant de petites vignettes tourn\u00e9es dans diff\u00e9rents lieux embl\u00e9matiques de Paris. C\u2019est classe et pertinent. Pierre Lescure a un art de l\u2019interview qui laisse r\u00eaveur. Quand tant d\u2019autres y vont avec de gros sabots, lui arrive \u00e0 cr\u00e9er une ambiance qui am\u00e8ne les acteurs et les r\u00e9alisateurs \u00e0 dire autre chose que les banalit\u00e9s habituelles. Je ne sais pas si l\u2019\u00e9mission durera, si elle aura toujours cette qualit\u00e9, mais pour l\u2019instant c\u2019est un r\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Joe for ever<\/strong> (03 mai 2025)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019\u00c9t\u00e9 meurtrier, La Promesse, le Daim, La Bonne \u00c9pouse, La Fracture, Les Passagers de la nuit, Si on chantait, Za\u00ef za\u00ef za\u00ef<\/em>, <em>On conna\u00eet la chanson<\/em> et <em>Le Processus de paix<\/em>. Ces films ont en commun d\u2019inclure une chanson de Joe Dassin. Et \u00e0 chaque fois, c\u2019est une joie. Les chansons de Joe Dassin traversent le temps sans que celui-ci n\u2019alt\u00e8re leur \u00e9vidence. Les films en profitent. Un petit plus, qui arrive souvent par surprise, sans esbroufe ni pathos. &nbsp;Les fr\u00e8res Dardenne, Micka\u00ebl Hers, Quentin Dupieux se sont fait plaisir. Merci \u00e0 eux. <em>On s\u2019aimera encore lorsque l\u2019amour sera mort<\/em>. L\u2019amour, les films, les acteurs, les chansons ne meurent pas si on prend soin d\u2019eux. Notre souhait est que longtemps encore les r\u00e9alisateurs continuent d\u2019avoir envie d\u2019inclure Joe Dassin dans leur B.O. pour redonner au monde la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui lui manque parfois, et si cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 est teint\u00e9e de nostalgie, c\u2019est \u00e0 prendre aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>De Lille \u00e0 Hollywood &#8211; Charles Laughton<\/strong> (28 mars 2025)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"407\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Laughton-1024x407.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-437\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Laughton-1024x407.png 1024w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Laughton-300x119.png 300w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Laughton-768x306.png 768w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Laughton.png 1116w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce monstre sacr\u00e9 d&#8217;Hollywood, dont les prestations dans <em>Quasimodo<\/em>, <em>les R\u00e9volt\u00e9s du Bounty<\/em> ou <em>T\u00e9moin \u00e0 charge<\/em>, sont rest\u00e9s dans la m\u00e9moire de tous les cin\u00e9philes, et dont l&#8217;unique r\u00e9alisation, <em>La nuit du chasseur<\/em>, est un des sommets du septi\u00e8me art, a trouv\u00e9 sa vocation \u00e0 Lille en d\u00e9cembre 1918. Combattant au sein des forces britanniques, il assiste \u00e0 un spectacle de pantomime \u00e0 l\u2019op\u00e9ra de Lille et d\u00e9cide qu\u2019il sera com\u00e9dien. Face \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 de la guerre, le choix para\u00eet coh\u00e9rent. C\u2019est aussi une fa\u00e7on d\u2019\u00e9chapper aux injonctions des parents, qui veulent qu\u2019il soit h\u00f4telier comme eux. Par la suite, Charles Laughton nous \u00e9merveillera par la puissance de son jeu et son c\u00f4t\u00e9 british \u00e9gar\u00e9 en Am\u00e9rique. A ce titre, sa prestation dans <em>L\u2019Extravagant Mr Ruggles<\/em> est pure merveille. Il cabotinait parfois, comme Michel Simon, avec lequel il a plus d\u2019un point commun, mais ces gens-l\u00e0, hors normes, ont l\u2019habitude de s\u2019\u00e9garer si on ne leur donne pas un r\u00f4le \u00e0 la hauteur de leur talent. Que s\u2019est-il pass\u00e9 \u00e0 Lille en d\u00e9cembre 1918&nbsp;? Un jeune Anglais, s\u00fbrement un peu paum\u00e9 et inquiet pour son avenir, se prend \u00e0 r\u00eaver. Devenir un saltimbanque, emporter l\u2019adh\u00e9sion du public, gravir les marches de la gloire, conqu\u00e9rir l\u2019Am\u00e9rique. On peut toujours r\u00eaver. Le monde sort d\u2019un cataclysme mais quand on a 18 ans il est permis de ne pas en tenir compte. Le r\u00eave s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9. La pellicule en t\u00e9moigne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Casablanca \u2013 Marc Aug\u00e9 \u2013 Tombe les filles et tais-toi<\/strong> [08 mars 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un livre intitul\u00e9 <em>Casablanca<\/em>, Marc Aug\u00e9 \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand je suis au cin\u00e9ma, ceux que je vois sur l\u2019\u00e9cran sont grands, sont plus grands que moi, exactement comme les adultes lorsque j\u2019\u00e9tais enfant.&nbsp;\u00bb Plus loin, il dit aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le miracle du cin\u00e9ma, c\u2019est qu\u2019il nous impose l\u2019\u00e9vidence physique de h\u00e9ros qui gardent leur jeunesse, alors que nous vieillissons.&nbsp;\u00bb Comme ces choses-l\u00e0 sont bien dites&nbsp;! <em>Casablanca<\/em> est le film mythique par excellence. Bogart y est grand et nous tout petits sur notre fauteuil de velours rouge. La sc\u00e8ne d\u2019ouverture de <em>Tombe les filles et tais-toi <\/em>est \u00e9galement mythique. Le visage de Woody Allen, immense, les yeux mouillants, illustre on ne peut mieux la citation de Marc Aug\u00e9. Woody Allen regarde <em>Casablanca<\/em> dans un cin\u00e9ma. Il est happ\u00e9 par la sc\u00e8ne finale sur le tarmac de l\u2019a\u00e9roport, un sommet du m\u00e9lodrame comme seul Hollywood a su en faire. Transi d\u2019admiration devant la figure de Bogart, il se sent vermisseau errant tant bien que mal dans sa petite vie insignifiante. C\u2019est bien s\u00fbr comique, et tr\u00e8s r\u00e9ussi, mais cette identification entre le spectateur lambda et les mod\u00e8les aur\u00e9ol\u00e9s de gloire est une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue par tout spectateur. Quelque soit son \u00e2ge, ce dernier redevient un enfant qui se dit&nbsp;: Quand je serai grand, je serai l\u2019\u00e9gal d\u2019Indiana Jones, de Zorro, de Bogey face \u00e0 Ingrid Bergman. Dans son livre, Marc Aug\u00e9 dit encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le spectateur&nbsp; qui assiste \u00e0 un film est d\u2019embl\u00e9e plong\u00e9 dans la temporalit\u00e9 que ce film lui impose.&nbsp;\u00bb Une autre fa\u00e7on de voir les choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Fran\u00e7ois de Roubaix, Lino Ventura, les Vosges et le reste <\/strong>[17 f\u00e9vrier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien ne m\u2019emporte aussi loin dans la nostalgie cin\u00e9philique que les bandes-originales de Fran\u00e7ois de Roubaix pour <em>Dernier domicile connu<\/em> et les <em>Grandes Gueules<\/em>. Je voudrais ces musiques recouvrir toute r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sobligeante. Je voudrais que leur subtile m\u00e9lancolie creuse en moi des boulevards o\u00f9 aller l\u00e0 on o\u00f9 je n&#8217;ai pas id\u00e9e. En un mot comme en cent, ces musiques addictives sont un baume miracle, une envie de large, un matin de printemps sur les champs de la Belle-Croix, la r\u00e9ponse aux questions qu\u2019on avait oubli\u00e9 de se poser. Les images des films sur lesquels elles ont \u00e9t\u00e9 tiss\u00e9es errent l\u00e0 o\u00f9 il faut, entre ici et ailleurs, quelque part o\u00f9 \u00e7a fait du bien. Dans les deux films cit\u00e9s, il y a Lino Ventura. Encore lui. Lino est incontournable. Sa force tranquille reste un myst\u00e8re. Et quand il a \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s Marl\u00e8ne Jobert ou Bourvil, dans les rues de Paris ou les for\u00eats de Vosges, avec la musique de Fran\u00e7ois de Roubaix en contrepoint, on a la sensation qu\u2019un monde a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour nous dans lequel tout a enfin un sens. Merci aux magiciens associ\u00e9s. Leur humanit\u00e9, leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, leur talent nous \u00e9l\u00e8vent jusqu\u2019au ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>En duo avec Lino<\/strong> [16 f\u00e9vrier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines rencontres d\u2019acteurs restent en m\u00e9moire et on s\u2019en souvient toujours avec \u00e9motion. Complicit\u00e9, compl\u00e9mentarit\u00e9, affrontement, connivence, \u00e9mulation\u2026 Les duos avec Lino Ventura ont toujours \u00e9t\u00e9 des moments forts et \u00e9mouvants, avec Patrick Dewaere, Jacques Brel, Marl\u00e8ne Jobert et bien s\u00fbr Michel Serrault dans <em>Garde \u00e0 Vue<\/em>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-f56f613f wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"405\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Adieu-Poulet.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-347\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Adieu-Poulet.jpg 720w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Adieu-Poulet-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Adieu Poulet<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Lemmerdeur-1024x576.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-348\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Lemmerdeur-1024x576.webp 1024w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Lemmerdeur-300x169.webp 300w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Lemmerdeur-768x432.webp 768w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Lemmerdeur-1536x864.webp 1536w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Lemmerdeur.webp 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&#8217;Emmerdeur<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-f56f613f wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Dernier-domicile-connu.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-349\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Dernier-domicile-connu.webp 500w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Dernier-domicile-connu-300x169.webp 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dernier domicile connu<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"360\" src=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Garde-a-vue.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350\" srcset=\"https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Garde-a-vue.jpg 480w, https:\/\/francisgrembert.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Garde-a-vue-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Garde \u00e0 vue<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le cin\u00e9ma est-il n\u00e9 dans une grotte en Bretagne&nbsp;? \u2013 origines 4<\/strong> [10 f\u00e9vrier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai visit\u00e9 le mus\u00e9e Lumi\u00e8re \u00e0 Lyon en 2015 et j\u2019en conserve une tr\u00e8s douce et tr\u00e8s forte impression. La maison bourgeoise qui accueille les collections est magnifique, avec tous ces appareils que l&#8217;on peut manipuler pour assister aux merveilleux t\u00e2tonnements de l&#8217;image enfin lib\u00e9r\u00e9e de la fixit\u00e9. Dans les salles du haut, j\u2019ai notamment appris qu\u2019\u00e9tant enfants Auguste et Louis Lumi\u00e8re avaient un jour \u00e9t\u00e9 pi\u00e9g\u00e9s par la mar\u00e9e dans une grotte du littoral breton. Coinc\u00e9s pendant plusieurs heures, ils avaient regard\u00e9 la mer dans le cadre que formaient les parois rocheuses et \u00ab&nbsp;s\u2019\u00e9taient jur\u00e9 fid\u00e9lit\u00e9&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est qu\u2019une anecdote mais au fil du temps elle est devenue pour moi une sc\u00e8ne primordiale, de celles d\u2019o\u00f9 naissent des choses surprenantes. Il me pla\u00eet d\u2019imaginer que c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0, pendant que l\u2019eau les cernait, qu\u2019ils ont invent\u00e9 le cin\u00e9ma. Ce n\u2019est qu\u2019une hypoth\u00e8se, inv\u00e9rifiable, mais j\u2019y tiens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019id\u00e9e du cin\u00e9ma a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le cin\u00e9ma, forc\u00e9ment. Quand Victor Hugo, mort dix ans avant le premier film, \u00e9crit son c\u00e9l\u00e8bre vers&nbsp;<em>L\u2019oeil \u00e9tait dans la tombe et regardait Ca\u00efn<\/em>, il invente la contre-plong\u00e9e. Dans le mythe de la caverne de Platon, l\u2019id\u00e9e du cin\u00e9ma est l\u00e0 aussi. Mais c\u2019est aux jeunes fr\u00e8res Lumi\u00e8re en vacances en Bretagne que j\u2019ai envie de donner la pr\u00e9s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Louis, dr\u00f4le de clown<\/strong> [09 f\u00e9vrier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A partir de 1965, De Fun\u00e8s est devenu incontournable. Il incarnait le cin\u00e9ma populaire, qui de grande vadrouille en Fant\u00f4mas et autres gendarmes de Saint-Tropez squattait la t\u00eate du box office. Enfants, nous nous r\u00e9galions de ses mimiques et des personnages veules qu\u2019il interpr\u00e9tait. Pendant ce temps, la critique faisait la fine bouche. Elle m\u00e9prisait le cin\u00e9ma qu\u2019il incarnait, bas\u00e9 selon elle sur la r\u00e9p\u00e9tition des m\u00eames recettes \u00e9cul\u00e9es. Et quand il a jou\u00e9 Moli\u00e8re, elle l\u2019a logiquement \u00e9reint\u00e9. Il n\u2019avait rien \u00e0 faire dans cette gal\u00e8re&nbsp;! J\u2019\u00e9tais alors en pr\u00e9pa, lyc\u00e9e Faidherbe, Lille, et notre prof de litt\u00e9rature a \u00e9galement donn\u00e9 de l\u2019eau \u00e0 ce moulin au nom des classiques r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 une caste de l\u00e9gitimes. Cette remarque m\u2019a fait bondir. Je me souviens que remontant la rue du Faubourg de Douai avec un copain pour regagner notre cit\u00e9 universitaire, nous avions partag\u00e9 la m\u00eame indignation. Nous consid\u00e9rions que De Fun\u00e8s \u00e9tait l\u00e9gitime \u00e0 jouer l\u2019Avare. Je suis all\u00e9 voir le film et je l\u2019ai aim\u00e9, m\u00eame s\u2019il avait ses d\u00e9fauts. Quelques ann\u00e9es plus tard, De Fun\u00e8s est mort. Ses films ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre diffus\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 et une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration s\u2019est d\u00e9lect\u00e9e de ses fac\u00e9ties. Comme tout finit par arriver, la critique qui l\u2019avait boud\u00e9, l\u2019a r\u00e9habilit\u00e9. T\u00e9l\u00e9rama a m\u00eame sorti un hors-s\u00e9rie pour vanter les talents du clown. Dont acte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les ann\u00e9es passent et De Fun\u00e8s reste incontournable. Il propose un miroir \u00e0 nos bassesses. Ce n\u2019est pas si fr\u00e9quent. Vive celui dont on revoit les dr\u00f4leries avec toujours autant de plaisir&nbsp;! La Grande Vadrouille, Le Corniaud, La Folie des grandeurs, Rabbi Jacob ne sont pas pr\u00eats de tomber dans l\u2019oubli. Pouic-Pouic, Oscar, Fant\u00f4mas contre Scotland Yard et bien d\u2019autres sont des friandises \u00e0 consommer sans mod\u00e9ration. Ces films sont notre terrain de jeu, pour longtemps encore, car les clowns sont \u00e9ternels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bertrand Blier<\/strong> [25 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bertrand Blier est mort. Quelle dr\u00f4le de chose&nbsp;! C\u2019est comme si les ann\u00e9es, une fois encore, \u00e0 force de s\u2019accumuler, se lestaient de plomb. Quand j\u2019avais 18 ans, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 chacun de ses films \u00e9tait un \u00e9v\u00e9nement. <em>Pr\u00e9parez vos mouchoirs<\/em> passait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. J\u2019adorais. Puis, je me suis un peu lass\u00e9. Je l\u2019ai trouv\u00e9 r\u00e9p\u00e9titif. Sa provoc des ann\u00e9es 70 se transformait en quelque chose qui \u00e0 mes yeux tournait \u00e0 vide. Ceci dit, tous ses films contiennent des sc\u00e8nes tr\u00e8s dr\u00f4les avec des dialogues qui font mouche. Pour moi, Blier est un cin\u00e9aste qu\u2019il faut savourer par petits bouts. La sc\u00e8ne de <em>Pr\u00e9parez vos mouchoirs<\/em> o\u00f9 Dewaere pr\u00e9sente sa collection de livres de poche \u00e0 Carole Laure me fait rire aux \u00e9clats, tout comme le dialogue sur l\u2019ennui que procure la campagne dans <em>Buffet froid<\/em>. Le r\u00e9alisateur \u00e9voquait souvent son p\u00e8re, le grand, l\u2019immense Bernard Blier, qui rentrant tard du th\u00e9\u00e2tre ouvrait la porte de la chambre du petit Bertrand, lui demandait s\u2019il dormait, puis lui proposait de descendre avec lui dans la cuisine pour manger du saucisson. Je ne crois pas qu\u2019il y ait un Paradis ou ce genre de chose mais si j\u2019admets cette possibilit\u00e9 il me plairait que le p\u00e8re et le fils y mangent r\u00e9guli\u00e8rement du sauciflard avec un petit verre de c\u00f4te du Rh\u00f4ne tout en tenant des propos dr\u00f4les, caustiques et absurdes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Sandrine, une femme qui va bien<\/strong> [21 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chemin de com\u00e9dienne de Kiberlain est du genre buissonnier. Elle musarde, exp\u00e9rimente, passe d\u2019un genre \u00e0 l\u2019autre, avec chaque fois une gr\u00e2ce dont l\u2019\u00e9vidence dessine un beau, un vrai sourire sur nos visages reconnaissants. La gravit\u00e9 lui sied, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 lui va \u00e0 ravir. Irr\u00e9sistible de dr\u00f4lerie chez Podalyd\u00e8s ou Dupontel, elle intrigue dans <em>Elle l\u2019adore<\/em> et nous \u00e9meut dans <em>Pupille<\/em>. Vous me direz que tout ceci est normal. Apr\u00e8s tout, c\u2019est le job d\u2019une com\u00e9dienne. OK. Mais je maintiens qu\u2019elle a ce quelque chose en plus qui la rend unique. Une nonchalance&nbsp;? Parfois, oui, mais quand elle devient pile \u00e9lectrique, on en redemande. On dirait que Sandrine n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate, qu\u2019elle traverse la vie et le cin\u00e9ma comme on s\u2019en va \u00e0 la plage en pensant \u00e0 autre chose. Un jour, elle fait un disque, puis deux, puis s\u2019arr\u00eate. Un autre jour, elle se lance dans la r\u00e9alisation. Et l\u00e0, on je ne sais plus comment continuer. Son film, <em>Une jeune fille qui va bien<\/em>, est un sommet de d\u00e9licatesse, d\u2019\u00e9l\u00e9gance et de joie de vivre (la vie, tout simplement, la vie \u00e0 Paris en 1942, d\u2019une jeune com\u00e9dienne juive). Rebecca Marder \u00e9merveille, elle nous r\u00e9chauffe le c\u0153ur, elle nous donne envie d\u2019y croire, croire que le meilleur est possible au milieu du chaos et de la haine. Kiberlain a fait un grand film. Avec une fin que notre m\u00e9moire garde pr\u00e9cieusement pour toujours dans une malle \u00e0 souvenirs de grand \u00e9cran, d\u2019o\u00f9 on peut la ressortir quand on veut pour se faire du bien m\u00eame si \u00e7a fait tr\u00e8s mal. R\u00e9ussir une fin de film comme celle-l\u00e0 est un miracle, un miracle d\u2019une grande simplicit\u00e9, qui prouve que le cin\u00e9ma peut nous emmener l\u00e0 o\u00f9 le c\u0153ur bat tr\u00e8s tr\u00e8s fort&nbsp;! Kiberlain est une femme libre et une femme qui, je l\u2019esp\u00e8re, va bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>A quoi sert le cin\u00e9ma&nbsp;?<\/strong> [17 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Christian Gailly, auteur m\u00e9connu et n\u00e9anmoins essentiel, disait&nbsp;<em>: Le cin\u00e9ma m\u2019a tout appris&nbsp;: \u00e0 tenir ma fourchette, \u00e0 me tenir \u00e0 table, \u00e0 tenir la porte \u00e0 une dame, \u00e0 demander pardon<\/em>\u2026. Pour ma part, je suis capable de beurrer une biscotte sans qu\u2019elle se craque gr\u00e2ce \u00e0 <em>Baisers Vol\u00e9s<\/em> et depuis que j\u2019ai vu <em>Le Fabuleux destin d\u2019Am\u00e9lie Poulain<\/em> je ne m\u2019inqui\u00e8te plus si un nain de jardin dispara\u00eet car je sais qu\u2019il est parti faire le tour du monde. Je suis \u00e9galement capable de faire exploser une maison en dix minutes chrono sans prendre le moindre risque car Matt Damon m\u2019a montr\u00e9 comment proc\u00e9der dans <em>La Mort dans la peau<\/em>. Transporter de nitroglyc\u00e9rine sur les routes caboss\u00e9es d\u2019Am\u00e9rique centrale, je sais comment faire gr\u00e2ce \u00e0 Yves Montand et Charles Vanel. Tuer un crocodile au corps-\u00e0-corps aussi (Merci Tarzan). Daniel Auteuil m\u2019a appris \u00e0 me d\u00e9guiser en bossu pour assouvir une vengeance. Gr\u00e2ce \u00e0 Humphrey Bogart, je sais \u00eatre cool en toute circonstance. Pierre Richard m\u2019a d\u00e9montr\u00e9 que la maladresse pouvait \u00eatre \u00e9l\u00e9gante. Pour descendre des rapides, j&#8217;adopte soit la m\u00e9thode de Robert Mitchum dans <em>Rivi\u00e8re sans retour<\/em>, soit celle de Meryl Streep dans <em>La Rivi\u00e8re sauvage<\/em>, \u00e7a d\u00e9pend des jours. Et quand je veux faire le chien, je copie sans plus tarder Alain Chabat. Par contre, j\u2019ai essay\u00e9 la m\u00e9thode de Bourvil dans <em>Un dr\u00f4le de paroissien<\/em> pour piller les troncs d\u2019\u00e9glise au caramel m\u00e2ch\u00e9, et le fait est que \u00e7a ne marche pas<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Edgar Morin, le cin\u00e9ma, la fraternit\u00e9<\/strong> [13 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis toujours pos\u00e9 cette \u00e9trange question&nbsp;: Le cin\u00e9ma peut-il nous rendre meilleurs&nbsp;? Force est de constater que ce n\u2019est pas le cas. Pourtant la question demeure. Elargir la palette des perceptions, des sensations, des points de vue devrait nous aider \u00e0 agrandir nos vies et \u00e0 enrichir notre humanit\u00e9. Edgar Morin ne dit pas autre chose dans cet \u00e9loge du cin\u00e9ma et de ses vertus&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Le moment de la projection nous humanise, nous rend sensible \u00e0 l&#8217;huma\u00adnit\u00e9 du gangster, du prisonnier, du vagabond, de la prostitu\u00e9e, parce que nous voyons qu&#8217;ils sont capables d&#8217;amiti\u00e9, d&#8217;amour, de souffrance, y compris les criminels. Nous voyons les \u00eatres \u00adhumains dans leur complexit\u00e9 et les gros plans de leurs visages appellent \u00adirr\u00e9sistiblement notre sympathie. J&#8217;ai appris la fraternit\u00e9 dans <\/em>La Trag\u00e9\u00addie de la mine<em>,<\/em><em> le sens de la mis\u00e8re humaine et de l&#8217;exploitation dans <\/em>L&#8217;Op\u00e9ra de quat&#8217;sous<em>. J&#8217;ai appris la possibilit\u00e9 de r\u00e9demption dans <\/em>Le Chemin de la vie<em>. J&#8217;ai appris au cin\u00e9ma que le criminel n&#8217;est pas que criminel tout en \u00e9tant criminel, et j&#8217;ai ressenti comment l&#8217;amour est le plus vrai sentiment de nos existences<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Traverser les murs<\/strong>&nbsp;&nbsp; &#8211;&nbsp; origines 1 [02 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour beaucoup d\u2019entre nous, le cin\u00e9ma a commenc\u00e9 sur un \u00e9cran de salon. Gabin, Fernandel, Bourvil, De Fun\u00e8s avec les parents. Le grand \u00e9cran, c\u2019\u00e9tait pour les Disney mais \u00e0 la maison, on pouvait voir des acteurs, des vrais, qui devenaient de suite nos copains. Je me souviens qu\u2019il suffisait \u00e0 Fernandel de prononcer le nom d\u2019une c\u00e9r\u00e9ale pour qu\u2019une paroi rocheuse s\u2019ouvre et me laisse entrer dans une grotte o\u00f9 \u00e9taient entass\u00e9s de fabuleux tr\u00e9sors. Bourvil quant \u00e0 lui traversait les murs dans <em>Garou-Garou le passe-muraille<\/em>, une friandise tir\u00e9e d\u2019une nouvelle de Marcel Aym\u00e9. Qu\u2019un simple employ\u00e9 du bureau soit capable de franchir des murs de briques comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un rideau de mousseline fut pour moi une surprise puis une joie. Quand je pense \u00e0 l\u2019enfant qui r\u00eavait secr\u00e8tement qu\u2019un jour il pourrait accomplir ce genre d\u2019exploit, je me dis qu\u2019il avait \u00e0 sa mani\u00e8re compris le secret du cin\u00e9ma&nbsp;: passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un homme providentiel<\/strong> \u2013 origines 2 [04 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il arrivait \u00e0 la fin d\u2019Apostrophes. Sur le plateau, les \u00e9crivains s\u2019\u00e9taient tu. Bernard Pivot lui proposait parfois une question en guise d\u2019entame. L\u2019exercice n\u2019\u00e9tait pas facile. Claude-Jean Philippe se lan\u00e7ait dans la pr\u00e9sentation du film que le Cin\u00e9-Club proposerait une vingtaine de minutes plus tard, apr\u00e8s le journal du soir. Cet homme, je l\u2019aimais. Sa bonhommie, son semblant de timidit\u00e9, ses \u00e9clats de rire inopin\u00e9s, son art de se mettre en sc\u00e8ne sans en avoir l\u2019air, tout chez lui \u00e9tait exquis, simple et fraternel. Cet homme avait le plus beau m\u00e9tier du monde&nbsp;: donner envie de regarder un film \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le vendredi devenait un autre jour. Les vendredis soirs de la fin des ann\u00e9es 70 furent pour moi un rite et une fa\u00e7on de devenir adulte. Le feuilleton commen\u00e7ait au moment o\u00f9 se terminait le repas. C\u2019\u00e9tait le plus souvent Les Brigades du Tigre. Venaient ensuite les \u00e9crivains. La soir\u00e9e se terminait par un film noir avec Bogart, un Bergman ou un Truffaut. J\u2019entrais en cin\u00e9philie. Le monde des champs et des villes n\u2019existait plus. Je me retrouvais \u00e0 L.A., \u00e0 Paris pendant les ann\u00e9es 50, au Japon, dans le Vieux Port de Marseille, \u00e0 Rome avec Audrey Hepburn ou \u00e0 Sherwood avec Errol Flynn. Merci \u00e0 Claude-Jean Philippe de nous avoir emmen\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 nos jeunes vies avaient envie de r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Georgia <\/strong>\u2013 origines 3 [07 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les ann\u00e9es passent. Claude-Jean Philippe est encore l\u00e0 le vendredi soir, Bourvil reste la r\u00e9f\u00e9rence populaire que rien ne peut entamer, mais d\u2019autres horizons se d\u00e9gagent. Les salles de Lille et de Villeneuve d\u2019Ascq proposent des reprises. Des Hitchcock entre autres. J\u2019ai l\u2019envie et la n\u00e9cessit\u00e9 de me b\u00e2tir une culture de cin\u00e9ma. Les \u00e9tudes d\u2019anglais \u00e0 Lille 3 me laissent le temps de me consacrer au septi\u00e8me art. Il y a m\u00eame un cin\u00e9ma dans l\u2019enceinte de la fac&nbsp;: le Kino, un ancien amphi aux si\u00e8ges de plastique dur qui fait mal aux dos. J\u2019y vois <em>Georgia<\/em> d\u2019Arthur Penn, une reprise r\u00e9cente. Ce jour-l\u00e0 sera celui d\u2019une de mes plus fortes \u00e9motions cin\u00e9matographiques. Le film me s\u00e9duit, m\u2019emporte et me laisse groggy en sortant dans le hall. C\u2019est le milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi, le jour \u00e9tait encore jeune. Je me souviens de ces quelques minutes o\u00f9 je suis rest\u00e9 t\u00e9tanis\u00e9 dans le hall avec cette certitude que ma vie serait \u00e0 l\u2019image de ce film&nbsp;: romanesque et surprenante. Le cin\u00e9ma fait r\u00eaver, platitude que j\u2019assume. Toutes ces vies propos\u00e9es, s\u2019y projeter un peu plus que stipul\u00e9 dans le contrat de la fiction, c\u2019est un danger, mais je m\u2019en fiche, dans quelques minutes je prendrai le bus pour Lille et dans une rue je rencontrerai une fille ou un gar\u00e7on, ou un vieux, ou Dieu d\u00e9guis\u00e9 en clodo, peu importe, du moment qu\u2019il ou elle m\u2019emm\u00e8ne en Am\u00e9rique, l\u00e0 o\u00f9 Georgia et ses amis ont fait de leur vie une affaire qui a de l\u2019allure, pas comme la piaule qui m\u2019attend \u00e0 la r\u00e9sidence universitaire Robespierre ou \u00e9tait-ce celle d\u2019avant, rue du bas Li\u00e9vin, \u00e0 la limite de Ronchin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le western \u2013 1<\/strong> [12 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le western est un lieu cin\u00e9matographique o\u00f9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations ont pass\u00e9 une part non n\u00e9gligeable de leur vie. Et certains spectateurs en ont m\u00eame fait un lieu de vie parall\u00e8le. Ces gens-l\u00e0, quand ils ne savent pas quoi faire, ferment les yeux et entrent dans un saloon, d\u00e9gainent leur colt dans une rue poussi\u00e9reuse, regardent l\u2019horizon pour y d\u00e9tecter des signes de vie indienne, parcourent des plaines immenses sous une musique avec ch\u0153urs vaillants. Ces gens-l\u00e0 essaient de marcher comme John Wayne quand ils se prom\u00e8nent le long des boulevards, ils n\u2019ont pas leur pareil pour tricher au poker et dans leur jardin il leur arrive de reconstituer un bivouac nocturne avec cafeti\u00e8re \u00e9maill\u00e9e sur quelques b\u00fbches incandescentes&nbsp;: ils ne dorment que d\u2019une seule oreille, pr\u00eats \u00e0 saisir leur fusil au moindre bruit. Ces gens-l\u00e0 ont pour la part plus de soixante ans. Pour ma part, j\u2019ai grandi au moment o\u00f9 le western d\u00e9clinait mais la t\u00e9l\u00e9 en proposait encore \u00e0 foison. Qu\u2019y avait-il de plus essentiel pour un gar\u00e7on de 10-12 ans que de r\u00eaver d\u2019une vie libre, d\u00e9gag\u00e9e de toute contrainte, au milieu de la beaut\u00e9 sauvage de l\u2019Ouest am\u00e9ricain&nbsp;? On dit aussi le Far West et ce seul nom m\u2019ouvre un univers plus grand encore que le territoire qu\u2019il est cens\u00e9 incarner. Le temps a pass\u00e9 et je suis rest\u00e9 accro. A chaque western que je vois ou revois, j\u2019esp\u00e8re retrouver une sensation de pure enfance. Ce n\u2019est pas seulement de la nostalgie. Il y a dans ce genre cin\u00e9matographique une \u00e9vidence qui parle \u00e0 tous les \u00e2ges de la vie. L\u2019horizon appelle. Que peut-on esp\u00e9rer de mieux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Truffaut<\/strong> [10 janvier 2025]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Evoquer le r\u00e9alisateur de <em>Jules et Jim<\/em> est une gageure. Tout a \u00e9t\u00e9 dit sur lui. Le feu sous la cendre, le myst\u00e8re, l\u2019ambivalence, l\u2019opini\u00e2tret\u00e9. Revoir un de ses films, c\u2019est fouler une terre qui r\u00e9siste, pourtant douce au pas. On ne peut \u00e9puiser Truffaut, pas m\u00eame le comprendre, encore moins en faire une figure tut\u00e9laire. Le charme op\u00e8re, le temps passe, les dialogues ont le s\u00e9rieux des vies qui nous \u00e9chappent. Tranchant comme le silex, doux comme un velours banalement c\u00f4tel\u00e9 mais qu\u2019on ne voudrait pas \u00e9changer contre toutes les \u00e9toffes de l\u2019Arabie. Serait-il devenu l\u2019ange gardien d\u2019une certaine id\u00e9e du cin\u00e9ma&nbsp;? Un truc de ouf qu\u2019on appellerait le vrai cin\u00e9ma&nbsp;? Il a fait l\u2019acteur, peu, mais quand il l\u2019a fait, nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9merveill\u00e9s. Dans <em>La Chambre verte<\/em>, <em>L\u2019Enfant sauvage<\/em> et <em>La<\/em> <em>Nuit am\u00e9ricaine<\/em>, sa silhouette et sa voix nous \u00e9meuvent peut-\u00eatre plus que les performances les plus r\u00e9ussies de Joachim Phoenix ou de Meryl Streep. Le petit bonhomme un peu collet mont\u00e9 nous atteint par la bande et, enfants amoureux, nous buvons ses paroles comme la meilleure des b\u00e9n\u00e9dictines. Dans <em>La Nuit am\u00e9ricaine<\/em>, il se demande si le cin\u00e9ma est plus important que la vie. La question peut para\u00eetre absurde. La vie est forc\u00e9ment plus importante. Mais vu que c\u2019est lui qui pose la question et que nous l\u2019aimons, nous prenons le temps de nous y arr\u00eater. Les images de ses films peuvent alors surgir, se m\u00ealer entre elles et nous laisser avec l\u2019\u00e9trange impression que l\u00e0 est notre tr\u00e9sor. Merci, cher Fran\u00e7ois Truffaut, d\u2019avoir pos\u00e9 la question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, il est possible que tout n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 dit sur lui. Il n\u2019a peut-\u00eatre jamais \u00e9t\u00e9 dit qu\u2019il \u00e9tait in\u00e9puisable. C\u2019est fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Desplechin et Shutter Island<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son dernier film, mi-documentaire mi-fiction, Arnaud Desplechin \u00e9crit une lettre d\u2019amour au cin\u00e9ma. J\u2019ai h\u00e2te de voir ce que \u00e7a donne. En attendant, je me souviens d\u2019une \u00e9mission sur la Cinq o\u00f9 il \u00e9tait venu pr\u00e9senter le film. C\u2019\u00e9tait il y a 2-3 mois. Le cin\u00e9aste se pr\u00eate au jeu des anecdotes d\u2019enfance. C\u2019est un peu convenu mais l\u2019exercice de l\u2019interview t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e ne pr\u00eate pas \u00e0 l\u2019originalit\u00e9. Puis, souhaitant rompre avec le jeu un peu format\u00e9 des questions-r\u00e9ponses, il demande s\u2019il peut raconter une anecdote plus longue. Quand la pr\u00e9sentatrice lui accorde ce droit (forc\u00e9ment), il se fend d\u2019un petit sourire typiquement roubaisien comme on en voit sur certains visages quand avril h\u00e9site \u00e0 officialiser l\u2019arriv\u00e9e du printemps dans les all\u00e9es du parc Barbieux. Une minute avant, on lui avait demand\u00e9 s\u2019il revoyait les films qui l\u2019int\u00e9ressaient et il avait r\u00e9pondu par l\u2019affirmative. En g\u00e9n\u00e9ral, trois fois mais il y avait des exceptions, notamment pour <em>Shutter Island<\/em>. Quand il avait d\u00e9couvert le film de Scorcese, il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 convaincu et en avait \u00e9t\u00e9 pein\u00e9. La deuxi\u00e8me fois, ses r\u00e9ticences persistaient. Chagrin\u00e9 par la r\u00e9sistance que lui offrait le film, il avait pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 tant et si bien qu\u2019au bout de huit fois il avait fini par trouver que <em>Shutter Island<\/em> \u00e9tait un grand film. Cette anecdote raconte une des formes les plus \u00e9mouvantes de la cin\u00e9philie. Vouloir aimer un film, l\u2019aimer vraiment, sans r\u00e9serves, quand bien m\u00eame notre raison nous dit autre chose. Je trouve \u00e7a \u00e9mouvant. C\u2019est une attitude d\u2019enfant t\u00eatu qui refuse qu\u2019on lui g\u00e2te le plaisir qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9. Desplechin ne quitte jamais son c\u00f4t\u00e9 petit gar\u00e7on r\u00e9serv\u00e9, un peu comme Truffaut, avec lequel il a une affinit\u00e9 \u00e9vidente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>J\u2019y vais quand je veux \u2013 Rio Bravo 1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De <em>Rio Bravo<\/em>, j\u2019aime tout, chaque s\u00e9quence, chaque sc\u00e8ne, chaque plan, chaque r\u00e9plique. C\u2019est le film parfait. T\u00e9l\u00e9rama semble \u00eatre de mon avis. A chaque diffusion, le magazine signale son admiration sans borne par une flop\u00e9e de T. Pourtant, le film n\u2019a rien de tr\u00e8s original. Il n\u2019invente aucune forme nouvelle, ne se distingue pas davantage par des plans virtuoses ou des performances exceptionnels d\u2019acteurs. L\u2019explication est donc ailleurs. L\u2019audace du film se d\u00e9ploie masqu\u00e9e. <em>Rio Bravo<\/em> est un film sur l\u2019attente. C\u2019est un th\u00e8me d\u2019une grande richesse si on a le talent pour le mettre en images et Howard Hawks l\u2019a, aucun doute l\u00e0-dessus. Dans <em>Rio Bravo<\/em>, il y a un sh\u00e9rif et c\u2019est John Wayne. Inutile d\u2019insister sur la valeur ajout\u00e9e que constitue la pr\u00e9sence de John Wayne dans un western. Soit dit en passant, je conseille \u00e0 ses d\u00e9tracteurs d\u2019oublier leurs jugements id\u00e9ologiques et leurs a priori actor studio. Il y a aussi Dean Martin. Ce crooner a eu une carri\u00e8re de cin\u00e9ma sans grand relief mais il a eu la chance de tomber sur un r\u00f4le exceptionnel, celui de Dude. Le film d\u00e9marre avec ce personnage&nbsp;: Dude p\u00e9n\u00e8tre dans le saloon. La sc\u00e8ne qui suivra sera muette. Ce qui en fait toute sa force. Dude a une d\u00e9marche un peu chancelante. On ne sait pas encore que c\u2019est un ivrogne. Au bar est install\u00e9 un sale type. \u00c7a se voit tout de suite&nbsp;\u00e0 sa fa\u00e7on de se servir en whisky. Quand il s\u2019aper\u00e7oit de la pr\u00e9sence de Dude, il se retourne. Ses l\u00e8vres dessinent un sourire narquois. Il prend une pi\u00e8ce dans sa poche et la lance dans le crachoir. Dude h\u00e9site. Il a envie de boire et cette pi\u00e8ce l\u2019y autorisera. Il s\u2019agenouille et s\u2019appr\u00eate \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer la pi\u00e8ce. Mais un pied fait violemment valdinguer le crachoir. Le sh\u00e9rif est entr\u00e9. Il ne supporte pas l\u2019humiliation que subit Dude. Il se tourne vers Joe Burdette, la brute \u00e9paisse accoud\u00e9e au bar. Pendant ce temps, Dude se rel\u00e8ve, saisit une planche et frappe le sh\u00e9rif, qui s\u2019affale par terre. C\u2019est parti pour deux heures d\u2019enchantement&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Rio Bravo<\/em> est une de mes r\u00e9sidences secondaires. J\u2019y s\u00e9journe quand je veux. Je vais du saloon \u00e0 la prison et de la prison au saloon. Parfois, je m\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Le petit Carlos m\u2019y accueille avec son d\u00e9licieux accent mexicain. <em>Rio Bravo<\/em> est un lieu, un espace, dont la r\u00e9alit\u00e9 est aussi forte que celle des lieux qui existent pour de vrai. Depuis sa naissance, le cin\u00e9ma a cr\u00e9\u00e9 une infinit\u00e9 de lieux que notre m\u00e9moire engrange. L\u2019open-space des <em>Hommes du Pr\u00e9sident<\/em>, la scierie des <em>Grandes gueules<\/em>, le cottage de <em>L\u2019Homme tranquille<\/em>, le plan\u00e9tarium de <em>La Fureur de vivre<\/em>, le commissariat de <em>Garde \u00e0 vue<\/em>, le bowling des <em>Tontons Flingueurs<\/em>, les salles de poker du <em>Kid de Cincinnati<\/em>. Je connais chacun de ces endroits, et je peux y d\u00e9ambuler rien qu\u2019en fermant les yeux, mais c\u2019est dans la petite ville texane de Rio Bravo que j\u2019ai mes habitudes les plus ch\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Rio Bavo<\/em> r\u00e9serve bien des surprises, dont entre autres le regard que pose le film sur l\u2019alcoolisme et la gr\u00e2ce des pauses-chansons. Ceci sera abord\u00e9 dans un prochain \u00e9pisode, car <em>Rio Bravo<\/em>, qu\u2019on se le tienne pour dit, est in\u00e9puisable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mille visages de Mery Streep (09-04-2026) Meryl Streep sait tout faire. 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